Un Français défend les citoyens européens face au Brexit

Annonces
Annonces
Londres (AFP) – « C’est immoral, on ne traite pas les gens comme ça ». Révolté par le Brexit, un quadragénaire français installé depuis 21 ans au Royaume-Uni monte au front pour défendre les droits des trois millions d’Européens menacés par la sortie du pays de l’UE.

Le 24 juin, le lendemain du référendum sur l’Union européenne, Nicolas Hatton, 46 ans, s’en rappelle comme si c’était hier. « J’avais très bien dormi. Comme beaucoup, j’étais persuadé qu’on allait gagner ». Mais au réveil, « c’est un cauchemar, comme si quelqu’un de la famille était mort », souffle cet ancien responsable marketing, qui vit avec sa femme anglaise à Bristol, dans l’ouest de l’Angleterre.

Que faire ? D’abord sonné par un résultat sur lequel, comme tous les Européens, il n’a eu aucune influence, faute de pouvoir voter, il s’est dit très rapidement qu’il fallait « prendre les choses en main ».

Il fonde le mouvement « the3million », un groupe de pression pour défendre les droits des quelque trois millions d’Européens installés en Grande-Bretagne et qui affiche aujourd’hui 7.000 membres sur son groupe Facebook « Forum for EU Citizens ».

– ‘Un cauchemar bureaucratique’ –

« On a commencé par une première réunion sur Bristol. On a eu 200 personnes du jour au lendemain, avec beaucoup de questions sur comment on allait vivre dans un pays qui ne veut plus de nous », raconte le Français qui décrit une situation « sombre ».

Les incidents xénophobes sont en hausse. Sans être affectée directement, sa fille de douze ans, gênée, « ne veut plus qu’on parle français dans la rue ».

Ceux qui veulent rester, « la grande majorité », et qui sont éligibles, s’organisent pour décrocher un permis de résident permanent, réservé à ceux qui habitent au Royaume-Uni depuis plus de cinq ans.

Mais c’est « un cauchemar bureaucratique ». Il faut remplir un dossier de 85 pages. Avec les pièces justificatives, « il pèse 10 kilos ». Une montagne de papiers pour une réussite incertaine: 40% des demandes sont rejetées, selon Nicolas Hatton.

« Il faut qu’on obtienne une procédure simple où on fait confiance aux gens tout simplement. Sinon on aura au moins 600.000 personnes (estimées non éligibles au permis de résident permanent) qui seront en situation irrégulière le jour du Brexit. C’est immoral, on ne traite pas les gens comme ça ».

– ‘Engagement moral’ –

Avec d’autres mouvements, comme celui des « New Europeans », Nicolas Hatton a commencé à démarcher les parlementaires. « On veut qu’ils votent une loi qui va nous garantir qu’on n’aura pas d’inquiétude pour habiter, étudier, travailler, prendre notre retraite ou avoir accès aux services de santé ».

Mi-décembre, il organisera une journée d’action devant le Parlement pour réclamer un « engagement moral aux députés ». Il espère que la Cour suprême aura auparavant confirmé le jugement de la Haute Cour demandant à ce que le Parlement ait son mot à dire sur l’activation de l’article 50 qui lancera la procédure de divorce d’avec l’Europe que la Première ministre Theresa May a prévu de déclencher d’ici la fin mars.

« Ce serait l’occasion d’avoir un amendement qui garantisse nos droits », souligne Nicolas Hatton pour qui il serait « inacceptable » que les Européens au Royaume-Uni servent de « monnaie d’échange » dans les négociations.

Theresa May, qui ne veut « pas dévoiler son jeu » avant les négociations, a refusé jusqu’ici de garantir les droits des citoyens européens au Royaume-Uni.

« Il est très clair que si on n’obtient pas ce qu’on veut d’une manière politique, on essayera de l’obtenir d’une manière judiciaire », prévient Hatton.

Hors de question de rester passif et d’espérer un hypothétique déraillement du Brexit. « Le conte de fée du Brexit, je n’y crois pas (…) Il vaut mieux prévoir le pire et se protéger plutôt qu’espérer qu’on va se réveiller d’un mauvais cauchemar et que tout ira bien. »

Nicolas Hatton, qui fait campagne pour les droits des citoyens européens au Royaume Uni après le Brexit, à Londres le 11 octobre 2016
L’article 50 au coeur du Brexit
Le Premier ministre britannique Theresa May devant 10 Downing street à Londres le 22 novembre 2016
Manifestation pour la sortie de la Grande-Bretagne de l’UE devant le parlement à Londres le 23 novembre 2016

Les plus populaires

Annonces