A Tunis, une exposition inédite pour « se réapproprier » une partie du passé

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Tunis, 25 nov 2016 (AFP) – Des pièces « exceptionnelles », comme la première constitution du monde arabe, vont être exposées à partir de dimanche à Tunis afin de permettre aux Tunisiens de se « réapproprier » une partie de leur Histoire, selon les organisateurs.

« L’Eveil d’une nation, l’art à l’aube de la Tunisie moderne 1837-1881 », se tiendra jusqu’au 27 février au palais de Ksar Saïd, dans la banlieue de Tunis, l’une des anciennes demeures des beys.

« On voulait faire une exposition sur (…) une période un peu charnière de l’histoire tunisienne, qui a vu beaucoup d’avancées à tous les niveaux », a dit à l’AFP Ridha Moumni, le commissaire de l’exposition.

Cette période dite des grandes réformes a notamment vu l’abolition de l’esclavage (1846), l’adoption d’un « Pacte fondamental » instaurant entre autres l’égalité de traitement en justice entre musulmans et non-musulmans (1857) et d’une constitution (1861).

Elle s’achève par la signature du Traité du Bardo en 1881, qui marque le début du Protectorat français, par une dynastie beylicale « criblée de dettes » dont le pouvoir s’est peu à peu effondré, « ouvrant la porte à la colonisation française ».

Près de 200 objets –toiles restaurées, costumes et mobilier– vont être exposés.

Parmi eux, « plusieurs pièces remarquables, certaines exceptionnelles », comme une tapisserie des Gobelins représentant Louis-Philippe ou un portrait de George Washington, « qui représentent la richesse des échanges diplomatiques de la Tunisie de l’époque », selon Ridha Moumni.

Et une « pièce maîtresse »: « Nous allons exposer au public pour la première fois le Dostour (…), c’est à dire la première constitution rédigée dans le monde arabe et musulman, la constitution tunisienne de 1861 », a-t-il affirmé.

Si les réformes du XIXe siècle sont enseignées et même source de fierté en Tunisie, la période « a été plus ou moins oubliée et il y a eu des tentatives de l’effacer, même de manière inconsciente. Car la norme, c’est que le vainqueur écrive l’histoire, et c’est la République qui l’a emporté sur la monarchie », a dit à l’AFP Fethi Bahri, le directeur général de l’Institut national du patrimoine (INP).

Or selon M. Moumni, il faut « comprendre cette période de changement, de révolution » qui fait écho à la situation que vivent les Tunisiens aujourd’hui, six ans après un soulèvement qui a balayé des décennies de dictature.

« Nous sommes en train de reconstituer la République, (nous avons) une société divisée entre modernistes et traditionalistes (…) et de grandes difficultés financières », a renchéri M. Bahri. « On doit retenir les défauts de cette époque pour s’améliorer ».

Financée par la Fondation Rambourg, organisée en partenariat avec l’INP, l’exposition veut « démocratiser l’accès au patrimoine (…) pour permettre à tous les Tunisiens de se le réapproprier », selon les organisateurs.

Dans un deuxième temps, ces derniers ont une autre ambition: transformer le palais de Ksar Saïd en musée.

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