Côte d’Ivoire/procès Novotel: les familles espèrent que les « langues vont se délier »

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Abidjan, 25 nov 2016 (AFP) – Le procès dit « des disparus du Novotel » d’Abidjan, dont le début programmé lundi a été reporté en dernière minute, suscite beaucoup d’attente des familles cinq ans après l’enlèvement et l’assassinat de quatre hommes, dont deux Français, en pleine crise post-électorale ivoirienne.

« On espère que les langues vont se délier », affirme à l’AFP Jérôme Frantz Di Rippel, dont le frère, l’ancien directeur de l’hôtel, et trois clients ont été tués en avril 2011.

« Je viens d’apprendre que le procès est reporté. Ils ont changé le président. Je ne sais pas si c’est une désorganisation excusable ou une manipulation inexcusable », a commenté vendredi à l’AFP Me Pierre Olivier Sur, l’avocat des familles des victimes.

Une nouvelle date de début de procès doit être annoncée lundi, a-t-il dit, ajoutant avoir été prévenu alors que les familles avaient déjà bouclé leurs préparatifs pour Abidjan.

Le directeur du Novotel, Stéphane Frantz Di Rippel, Yves Lambelin, directeur général de Sifca, plus grand groupe agro-industriel ivoirien et figure du patronat local, son assistant béninois Raoul Adeossi et le Malaisien Chelliah Pandian, directeur général de Sania, filiale de Sifca, ont été enlevés le 4 avril 2011 dans Abidjan livrée aux combats par un commando militaire.

Ils ont été conduits au palais présidentiel, où ils ont été torturés puis tués, selon le gouvernement du président Alassane Ouattara, installé après l’arrestation le 11 avril de son prédécesseur Laurent Gbagbo à l’issue de quatre mois de crise post-électorale, dont deux semaines de guerre.

Le corps d’Yves Lambelin est le seul à avoir été formellement identifié. La mort des trois autres victimes a été établie sur la base de témoignages et d’indices. Les corps ont été jetés dans la lagune d’Abidjan.

L’affaire avait été très médiatisée en raison de la présence de nombreux journalistes dans l’hôtel. Beaucoup estiment avoir été sauvés par son directeur qui a été décoré de la Légion d’honneur à titre posthume en 2012 ainsi que M. Lambelin.

Selon l’acte d’accusation, dix personnes devaient figurer dans le box: cinq, dont le général Brunot Dogbo Blé qui commandait la Garde républicaine, pour « séquestration et assassinat », les autres répondront « d’enlèvement » et/ou de « disparition de cadavres ».

« On attend trois choses du procès: savoir où Stéphane a disparu pour la dernière fois, savoir qui sont les commanditaires et qu’il y ait des condamnations », résume Jérôme Frantz Di Rippel.

« On veut notamment savoir qui a donné l’ordre. Il y a le général Dogbo Blé (déjà condamné à la prison à perpétuité dans une autre procédure) mais a-t-il reçu des ordres? Au-dessus de lui, il n’y a que Laurent Gbagbo ou Simone », son épouse, explique Me Sur.

L’ex-président est actuellement jugé à la Cour pénale internationale et son épouse, déjà condamnée à 20 ans de prison à Abidjan, comparait aux assises dans une autre procédure.

– ‘Boucliers humains’ –

Selon un enquêteur indépendant interrogé par l’AFP sous couvert de l’anonymat, les quatre hommes ont été victimes d’un « enchainement malheureux de circonstances. Je ne pense pas que leur mort a été préméditée. Dogbo Blé était dépassé par les événements et sous la pression des +Patriotes+ », le relais dans la rue des Gbagbo, alors que la bataille pour le pouvoir tournait en leur défaveur.

« Ils ont été emmenés au palais présidentiel pour servir de boucliers humains parce qu’à ce moment le palais était isolé. L’étau se resserrait, ilS s’attendaient à une attaque, la tension montait », poursuit cet enquêteur.

« Le général Dogbo Blé a alors donné l’ordre de les +traiter+ et les quatre hommes ont été tués de manière horrible à coups de crosse et de machette. M. Lambelin a ensuite été achevé d’une balle », ajoute l’enquêteur.

Malgré les témoignages, la défense, qui parle d’une « instruction bâclée », sans « analyse balistique ou des ossements retrouvés », réfute cette thèse.

« On est en train de vouloir condamner les innocents », affirme Me Ange Rodrigue Dadjé, avocat du général Dogbo Blé.

Il estime que le camp Gbagbo n’avait « pas de mobile » puisque M. Lambelin avait « appelé » les entreprises « à payer leurs impôts à Gbagbo » alors qu' »il y avait deux présidences » concurrentes.

« Quand ils (les victimes) sont arrivés (à la présidence) on les a mis dans une pièce. Et c’est dans ce laps de temps que les hélicoptères français ont bombardé le Plateau », le quartier de la présidence.

« Ils n’ont pas pu sortir. Quand tout le monde est revenu, on a découvert qu’ils étaient morts. Donc, pour moi, ce sont les hélicoptères français qui les ont tués », assure-t-il.

Une version « absolument fausse », rétorque l’enquêteur indépendant.

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