Le Kosovo, en pleine crise politique, se dirige vers des législatives anticipées

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Pristina (AFP) – Le Kosovo se dirige vers la convocation d’élections législatives anticipées suite à la motion de censure du Parlement qui a fait chuter mercredi le gouvernement, dernier développement d’une crise politique qui secoue le pays depuis plus d’un an.

Le président Hashim Thaçi devrait convoquer le scrutin d’ici la fin de la semaine. Selon la Constitution, il doit être organisé au plus tard dans les 45 jours suivant la chute du gouvernement.

Celle-ci a été rendue possible suite à un désaccord entre les deux principales formations de la coalition au pouvoir, le Parti démocratique du Kosovo (PDK) de M. Thaçi et la Ligue démocratique du Kosovo (LDK) du Premier ministre Isa Mustafa, autour de la ratification au Parlement d’un accord sur la démarcation de la frontière avec le Monténégro.

Le Kosovo, qui a déclaré son indépendance de la Serbie en 2008, a conclu en août 2015 avec son voisin un accord pour délimiter une frontière qui fut interne à la Yougoslavie, et n’a jamais été précisément tracée sur le terrain. C’était une des conditions de l’Union européenne pour dispenser de visas les Kosovars, enjeu crucial pour cette nation qui aspire à l’UE et dont la population est en majorité albanaise.

Mais la ratification par le Parlement kosovar a été sans cesse repoussée, sur fond de manifestations violentes de l’opposition criant à la « trahison », estimant que l’accord prive le Kosovo de plusieurs milliers d’hectares de terres.

– Le PDK rejoint l’opposition –

La LDK souhaitait mettre la question de la ratification de l’accord à l’ordre du jour de la réunion de mercredi du Parlement, avant même d’examiner la motion de censure présentée par l’opposition.

Mais le PDK s’est finalement rallié à l’opposition de voir s’organiser des élections législatives anticipées, avant leur date initialement prévue, en 2018, entraînant le vote de la motion de censure par le Parlement et la chute du gouvernement.

Les dissenssions étaient croissantes entre la LDK et le PDK.

Le principal parti d’opposition, Vetevendosje, avait organisé des manifestations violentes sur cette question de la ratification de l’accord frontalier avec le Monténégro et jeté du gaz lacrymogènes dans le Parlement pour empêcher l’examen du texte.

L’AAK de l’ex-chef rebelle Ramush Haradinaj réclamait aussi depuis longtemps ces élections. L’ancien guérillero est de retour au Kosovo après avoir été cinq mois bloqué en France, le temps pour la justice de ce pays d’examiner, et de rejeter une demande d’extradition de la Serbie qui l’accuse de crimes de guerre durant le conflit de 1998-99. L’épisode pourrait relancer sa popularité.

– Renforcer la légitimité populaire –

Pour des analystes et des observateurs occidentaux, la décision du PDK de se rallier à des élections anticipées pourrait s’expliquer par la volonté de renforcer sa légitimité populaire par un succès électoral dans la perspective de l’avancée des travaux du Tribunal spécial mis en place pour juger les anciens chefs rebelles de l’armée du Kosovo (UCK), pour des crimes de guerre qu’ils auraient commis à la fin des années 90.

Parmi les quelques noms d’anciens guérilleros cités comme inculpés potentiels, figure celui d’Hashim Thaçi.

Le conflit de 1998-99 entre rebelles albanais Kosovars et forces serbes envoyées par Slobodan Milosevic fut la dernière des guerres ayant déchiré l’ex-Yougoslavie.

Sur les 13.000 morts, quelque 10.000 sont des Albanais.

La guerre s’était achevée avec le bombardement de la Serbie par l’OTAN, qui a conduit au retrait des forces serbes du Kosovo. Son territoire a alors été placé sous protection de l’OTAN et des forces internationales, toujours présentes sur place.

Peuple de quelque 2,1 millions de personnes, le Kosovo a déclaré son indépendance en 2008, reconnue désormais par plus de 110 pays. Mais avec le soutien de la Russie, la Serbie la rejette toujours.

Belgrade et Pristina ont entamé un dialogue en 2011 pour normaliser leurs relations. Mais celles-ci restent tendues.

Et les quelque 100 à 150.000 Serbes qui y vivent toujours continuent de considérer qu’ils sont des ressortissants de la Serbie, refusant de reconnaître le Kosovo.

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