L’Américain Stanley Greene, mort à Paris, croisé du photojournalisme

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Paris (AFP) – Cinq fois primé au World Press Photo, l’Américain Stanley Greene, mort vendredi à Paris à 68 ans, était un croisé du photojournalisme, prêt à prendre tous les risques pour témoigner des drames et des injustices de la planète.

Noir américain né à Brooklyn, Stanley Greene est devenu brutalement célèbre en octobre 1993 après avoitr été très grièvement blessé lors d’une tentative de coup d’Etat contre Boris Eltsine à Moscou. Seul journaliste occidental à couvrir l’événement, il frôle la mort mais son reportage remporte deux World Press Photo.

Il va dès lors couvrir les conflits les plus meurtriers de la planète – Iraq, Soudan, Darfour, Afghanistan, Cachemire…. – et tout particulièrement la guerre en Tchétchénie. Il y séjourne à plusieurs reprises entre 1994 et 2001 et livre un travail de fond publié dans deux ouvrages remarqués, dont l’un a été publié en France: « Dans Les Montagnes Où Vivent Les Aigles » (Actes Sud).

« Avec un immense talent de narrateur et un sens plastique qui rendaient ses images inoubliables, Stanley Greene s’est très tôt engagé à rendre compte de la souffrance des populations dans les zones de guerre », a réagi à Paris la ministre de la Culture, Françoise Nyssen, rendant hommage dans un communiqué à un « témoin inlassable » qui « a partagé sa vie entre les terres de conflit et la France, son pays d’adoption ».

– ‘faire passer un message’ –

Solitaire, sans enfant, Greene conçoit son métier comme une mission et un engagement personnel. Une forme de fidélité à sa jeunesse où il a milité contre la guerre du Vietnam après avoir été membre des Black Panthers, dont il continuait à porter souvent le béret.

Stanley Greene choisit sa voie à la suite d’une rencontre avec le grand photographe W. Eugene Smith et s’installe à Paris en 1986.

« Ce n’était pas un simple photographe, il voulait réellement faire passer un message », confie à l’AFP son collègue néerlandais Kadir van Lohuizen, qui a travaillé avec lui. « Il était très politique en ce sens, il voulait prendre position ».

Cet homme toujours affable s’est aussi intéressé aux problèmes de société et à la détresse des hommes frappés par une catastrophe. Au début de sa carrière, il se rend à Bhopal, en Inde pour documenter les effets sur la population de l’explosion en décembre 1984 d’une usine de pesticides d’Union Carbide.

Vingt ans plus tard, en 2010, il montre comment les destructions de l’ouragan Katrina ont exacerbé les clivages raciaux à la Nouvelle Orléans.

En 1994, il couvre pour Médecins sans Frontières les opérations de secours au Rwanda et au Zaïre où sévit une terrible épidémie de choléra.

Membre de l’agence parisienne VU de 1991 à 2007, il a aussi consacré dans les années 80 de nombreux reportages à l’effondrement du communisme et aux conséquences de la chute du Mur de Berlin.

L’un de ses derniers travaux portait en 2012 sur un trafic de déchets électroniques entre le Nigeria, l’Inde, la Chine et le Pakistan et il travaillait à un projet de portrait de la Russie cent après la révolution.

Cofondateur de l’agence NOOR, basée à Amsterdam, Stanley Greene avait reçu de nombreux prix : outre les cinq World Press Photo, lui ont été notamment décernés le Visa d’Or (2016), le Prix International Planète Albert Kahn (2011) et le prix W. Eugene Smith Award (2004).

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