A Raqa, des Indonésiens n’ont trouvé que les « mensonges » de l’EI

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Ain Issa (Syrie) (AFP) – Lorsque Lifa a quitté l’Indonésie avec sa famille pour rejoindre le fief du groupe Etat islamique (EI) en Syrie, elle pensait rallier le paradis sur terre.

A Raqa, se disait-elle, elle côtoierait de vrais croyants, aurait accès gratuitement à des soins et les hommes travailleraient pour des salaires supérieurs à ceux de leur pays.

Mais avec 15 autres Indonésiens et des milliers de personnes, Lifa patiente aujourd’hui dans un camp de déplacés après avoir fui Raqa, que des forces à dominante kurde soutenues par Washington tentent de prendre aux jihadistes.

En Indonésie, le pays qui compte le plus de musulmans, « on lisait, on regardait sur internet et on se disait +l’Etat islamique+ c’est là qu’il faut vivre, qu’il faut devenir un vrai musulman », raconte cette femme de 38 ans dans un anglais imprécis mâtiné de mots arabes.

A ses côtés, une jeune fille voilée utilise une bouteille en plastique écrasée en guise d’éventail pour combattre la chaleur qui écrase le camp d’Aïn Issa, à 50 km au nord de Raqa.

« Nous sommes venus chez eux pour devenir de vrais musulmans, mais aussi pour ma santé », explique Lifa, foulard vert autour du visage et les yeux fatigués cachés derrière des lunettes.

Car elle avait « besoin d’une opération au cou, ce qui est très, très cher en Indonésie ». Or « chez Daech, tout est gratuit », lui avait-on assuré.

– ‘en prison’ –

Lifa explique aussi avoir été en contact sur internet avec des membres de l’EI qui lui ont assuré que les billets d’avion seraient remboursés.

Mais, une fois sur place, ce qui devait être gratuit ne l’était pas et, en 22 mois en Syrie, Lifa ne s’est jamais fait soigner.

« Tout ça c’était des mensonges », assure Nour, 19 ans, une autre Indonésienne.

Foulard beige impeccablement épinglé sous le menton, elle raconte dans un mélange d’anglais et d’arabe: « Quand on est arrivé chez Daech, tout était différent de ce qu’ils avaient dit sur internet ».

Le petit groupe pensait que les hommes trouveraient du travail mais ils ont été forcés de rejoindre les rangs des combattants de l’EI, dit-elle.

« Les hommes sont allés en prison, mon père, mon frère », ajoute Nour, sans dire où et pourquoi ils ont été incarcérés.

Des combattants de l’EI défilaient chez elle pour la demander en mariage, assure-t-elle avec dégoût. « Ils disaient à mon père:+ Je veux votre fille+ ».

Un jour au marché, son frère a été hélé par un inconnu qui lui a demandé: « Est-ce que tu as une fille ou une soeur? Je veux une épouse ».

« Partout, ils parlent des femmes », dit-elle amèrement. « Il y a plein de (combattants de l’EI) divorcés, mariés pour deux semaines ou deux mois ».

– ‘Piégés’ –

Les histoires fragmentaires racontées par ce groupe d’Indonésiens, huit femmes, trois enfants et cinq hommes, ne peuvent être vérifiées mais ils sont corroborés par des récits d’autres étrangers ayant fui les territoires contrôlés par l’EI, où la réalité s’est avérée différente des promesses découvertes sur internet.

Les forces kurdo-arabes qui mènent l’offensive sur Raqa interrogent actuellement les Indonésiens à Aïn Issa mais devraient les laisser libres et les envoyer en Irak, où ils seront remis à des représentants de leur pays, selon une responsable du camp.

« D’après ce que je comprends, ils ont été piégés », explique à l’AFP Fayrouz Khalil. « Ils essayaient de fuir depuis 10 mois mais ils n’y sont parvenus que ces derniers jours ».

Selon les autorités de Jakarta, 63 Indonésiens sont déjà revenus de Syrie, entre 500 et 600 s’y trouveraient encore et 500 autres ont tenté de le rejoindre mais ont été stoppés dans des pays de transit.

D’après Sidney Jones, qui dirige le groupe de réflexion Institute for Policy Analysis of Conflict à Jakarta, les Indonésiens rentrant de Syrie ou ayant échoué à rallier ce pays ne font pas l’objet de procédures de contrôle strictes.

Ils sont pris en charge dans des refuges gérés par le ministère des Affaires sociales. S’ils ne sont pas soupçonnés d’être impliqués dans des groupes « terroristes » locaux, ils sont simplement autorisés à rentrer chez eux au bout d’une semaine.

Lifa (C), une indonésienne trouve refuge avec sa famille dans un camp de déplacés, le camp de Ain Issa, après avoir fui Raqa, le 13 juin 2017
Une déplacée syrienne dans le camp de Ain Issa, le 10 juin 2017 en Syrie
Des indonésiens trouvent refuge dans un camp de déplacés, le camp de Ain Issa, après avoir fui Raqa, le 13 juin 2017

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