Turquie: un député d’opposition condamné à 25 ans de prison pour « espionnage »

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Ankara (AFP) – Un député du principal parti d’opposition au président turc Recep Tayyip Erdogan a été condamné mercredi à 25 ans de prison pour « espionnage » par un tribunal d’Istanbul qui a ordonné son placement immédiat en détention, ont rapporté les médias turcs.

Enis Berberoglu, du Parti républicain du peuple (CHP, social-démocrate), a été reconnu coupable d’avoir fourni au quotidien d’opposition Cumhuriyet une vidéo affirmant montrer l’interception, en janvier 2014 à la frontière syrienne, de camions appartenant aux services secrets turcs (MIT) et transportant des armes en Syrie.

Cette affaire avait fait scandale et provoqué la fureur du président Erdogan, qui avait promis au rédacteur en chef de Cumhuriyet de l’époque, Can Dündar, qu’il en « paierait le prix ».

M. Berberoglu, qui comparaissait libre mercredi, a été incarcéré immédiatement après l’annonce du verdict par le tribunal, a rapporté l’agence progouvernementale Anadolu.

C’est la première fois qu’un député du CHP, parti fondé par le père de la Turquie moderne, Mustafa Kemal Atatürk, est écroué depuis la levée de l’immunité parlementaire l’année dernière.

Le CHP, dont plusieurs députés ont condamné une arrestation « politique », a immédiatement tenu une réunion extraordinaire.

A l’issue de cette réunion, le chef du parti, Kemal Kilicdaroglu, a dit « ne certainement pas accepter » le verdict du tribunal, influencé, selon lui, par « le palais », une référence implicite au chef de l’Etat.

« Il n’y a aucun juge parmi eux, ils ne rendent pas la justice », a-t-il lancé.

Les députés CHP ont par ailleurs quitté le Parlement en pleine séance en signe de protestation, selon les médias turcs.

« Vous ne m’oublierez pas, et je ne vous oublierai pas non plus », a lancé M. Berberoglu, peu avant d’être emmené par des policiers, selon une vidéo publiée par les médias turcs. « Honte à ceux qui sont responsables de cette injustice », a-t-il ajouté.

Publié à quelques jours des élections législatives de juin 2015, l’article et la vidéo incriminés avaient provoqué la fureur du président turc, dont le gouvernement a toujours catégoriquement nié tout soutien aux groupes islamistes hostiles au président syrien Bachar al-Assad, dont il réclame avec insistance le départ depuis le début de la guerre civile en Syrie.

Les autorités avaient alors affirmé que le convoi intercepté contenait de « l’aide » destinée à la minorité turkmène de Syrie.

Le gouvernement turc est régulièrement accusé par des ONG de défense des droits de l’homme de vouloir étouffer toute voix critique, en particulier depuis la tentative de coup d’Etat du 15 juillet dernier, qui a été suivie de purges d’une ampleur inédite.

Une douzaine de députés du principal parti prokurde (HDP) sont actuellement en détention, accusés de liens ou de soutien aux séparatistes kurdes.

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