Roumanie : la gauche s’apprête à renverser son gouvernement

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Bucarest (AFP) – Les sociaux-démocrates au pouvoir en Roumanie ont décidé jeudi de déposer une motion de censure contre leur Premier ministre Sorin Grindeanu, devenu indésirable car « pas assez discipliné », selon des analystes.

« J’avais espéré que l’on n’en arrive pas là et que M. Grindeanu respecterait les règles de la démocratie et démissionnerait », a déclaré le chef du Parti social-démocrate (PSD), Liviu Dragnea.

Selon lui, la motion devrait être déposée au Parlement lundi et soumise au vote mercredi. La coalition de gauche incluant également le petit parti ALDE dispose d’une majorité solide au parlement et peut également compter sur le soutien des élus des minorités nationales, selon les observateurs.

Les sociaux-démocrates ont aussi décidé d’exclure M. Grindeanu du PSD, parti dont il était membre depuis 21 ans.

Mercredi ils avaient déjà retiré leur soutien au gouvernement, lui reprochant des « retards » dans la mise en oeuvre du programme économique.

« M. Dragnea veut renverser un gouvernement légitime, au détriment des intérêts du pays et de son propre parti », a répliqué M. Grindeanu, qui avait fermement refusé mercredi de quitter son poste. « C’est lui qui porte l’entière responsabilité pour ce désastre politique », a-t-il ajouté.

Ce sursaut de M. Grindeanu, 43 ans, jadis plus docile, a surpris ses anciens collègues et les analystes.

« Il y a une différence nette entre le Grindeanu nommé en décembre par Liviu Dragnea et celui qui a refusé mercredi de démissionner », a déclaré à l’AFP le politologue Ioan Stanomir.

– ‘Pressions inacceptables’ –

« Ce revirement fait sans doute suite aux pressions inacceptables exercées par M. Dragnea afin d’obtenir une modification du code pénal à son propre bénéfice », a-t-il ajouté.

M. Dragnea, 54 ans, qui avait mené les sociaux-démocrates vers une écrasante victoire aux législatives fin 2016, avait dû renoncer à briguer le poste de Premier ministre en raison d’une condamnation à deux ans de prison avec sursis pour fraude électorale.

Mais il n’a jamais caché sa frustration. En proposant M. Grindeanu pour ce poste, il n’a pas fait de secret de son intention d’être le vrai maître du jeu.

Une tentative d’assouplir la législation anticorruption avait provoqué l’hiver dernier une vague de protestation d’une ampleur sans précédent depuis la chute du régime communiste, contraignant le PSD à revoir sa copie.

Les sociaux-démocrates avaient tenté d’éviter le recours à une motion de censure – et les coûts en termes d’image d’une telle démarche -, espérant que le chef de l’Etat de centre droit Klaus Iohannis les sorte de l’impasse.

– ‘Pouvoir absolu’ –

Ce dernier a toutefois fait valoir qu’il ne pouvait pas lancer les procédures en vue de la nomination d’un nouveau Premier ministre tant que ce poste n’était pas vacant.

« M. Iohannis demande à la coalition au pouvoir de résoudre urgemment la crise dans ses rangs afin d’éviter une période d’instabilité politique », a déclaré sa porte-parole, Madalina Dobrovolschi.

Les médias s’interrogent eux sur les raisons qui ont poussé l’homme fort du PSD à « se tirer une balle dans le pied ».

« La seule explication pour l’élimination de Grindeanu est le souhait de Dragnea de détenir le pouvoir absolu, au sein du parti et à travers le pays », estime l’éditorialiste de Gandul.info Marian Sultanescu.

« Un changement du gouvernement six mois après son investiture témoigne de l’incapacité du PSD à gérér le pays et de Liviu Dragnea (…) à user de son pouvoir dans des limites raisonnables », écrit pour sa part Sabina Fahti dans le quotidien România Libera.

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