Niger: itinéraire d’un migrant gambien bloqué à Agadez

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Agadez (Niger) (AFP) – « Je suis prêt à mourir » pour « aller en Allemagne ». Abdullah Ibrahim, migrant gambien de 27 ans, a traversé le désert et ses dangers, puis la Libye infestée de groupes armés pour atteindre la Méditerranée. Mais il n’a pas trouvé de bateau et a rebroussé chemin jusqu’à Agadez au Niger, en attendant de repartir à nouveau.

Bonnet noir descendant sur ses yeux, Abdullah parle avec rage.

Il survit avec plusieurs camarades d’infortune gambiens dans un « ghetto » à la périphérie d’Agadez, là où le risque de passage de la police est plus faible.

Le vent chaud plein de poussière rend la sensation de chaleur encore plus forte. Ni eau, ni électricité. Simplement des nattes posées sur le sol rocailleux, du linge en boule et quelques ustensiles de cuisine.

« Même pour prier, dit-il, on doit payer. Pour l’eau pour les ablutions. Ici à Agadez, c’est une vie de douleur ». Maçon, sans argent, il affirme avoir participé à la construction d’une maison à Agadez mais il n’a jamais été payé pour son travail.

Il attend désormais un deuxième départ dans le dénuement, proposant ses services en espérant que l’argent sera cette fois-ci au rendez-vous.

« J’ai vraiment peur du désert. Le désert c’est dur », reconnait-il en racontant sa première traversée.

« Tu vois des gens mourir. Certains par manque d’énergie, certains parce qu’ils ont terminé leur eau. J’ai même vu mourir un ami », dit-il. « Certains s’en sortent et vont en Europe, d’autres à Tripoli; d’autres reviennent sur leurs pas ».

– Le désert, cimetière de migrants –

Au moins 44 migrants, parmi lesquels des bébés, ont été retrouvés morts en plein désert début juin. « Ce désert est plein de corps des migrants », a déploré le ministre nigérien de l’Intérieur, Mohamed Bazoum.

Après la traversée du désert, il faut encore se faufiler jusqu’à la mer. « C’est la révolution là-bas (en Libye). Il y a des armes partout », raconte Abdullah, qui a réussi à éviter les écueils des braquages, rapts et violences subis par d’autres migrants en Libye depuis la chute de Mouammar Kadhafi pour rallier la mer.

« Nous étions sur la plage. On y a passé beaucoup de temps. On attendait. On n’avait pas d’argent, pas de bateau. Alors l’homme (le passeur) a décidé de nous ramener », explique-t-il.

Mais les obstacles n’ont pas refroidi ses motivations, ni ébranlé sa conviction que l’Europe est son salut.

– ‘Sacrifice’ –

« C’est difficile mais je veux toujours y aller. Le problème, c’est que la jeunesse n’a pas de travail en Afrique. C’est pour ça que des milliers de jeunes prennent cette route vers l’Europe. Depuis ta naissance, tu ne vois rien, pas de travail… De la souffrance, de la corruption. Si je pouvais faire quelque chose en Afrique, je ne partirais pas », assure-t-il.

« Normalement, on construit demain aujourd’hui. Mais en Afrique, je ne peux pas construire. Rien. Je ne peux pas construire une famille, même pas un lit pour mettre dans la chambre. Comment avoir une épouse? », dit-il, certainement en partie aveuglé par des « amis qui ont réussi et envoient de l’argent » ou par des photos sur internet.

Malgré les risques, il refuse l’idée d’un retour: « Ma famille me manque mais je ne peux pas revenir. Ils ne savent pas où je suis. Je suis parti sans les avertir. Je savais que ma mère me dirait de ne pas y aller. Un jour, j’ai rassemblé mes affaires et j’ai dit que j’allais chez un ami. Et je suis parti », lâche-t-il.

« Depuis avant ma naissance, mes parents souffrent. Maintenant, je suis un homme, je dois faire quelque chose pour eux », lance Abdullah, prêt au sacrifice ultime.

« Il faut se sacrifier pour ses frères et soeurs. Chaque être humain meurt un jour. On partira tous ».

Un migrant ghanéen, revenu au Niger après avoir fui la Libye en raison des groupes armés, attend à Agadez, le 31 mars 2017 à Agadez
Un migrant d’Afrique de l’ouest attend dans un « ghetto » à la périphérie d’Agadez de partir pour la Libye pour ensuite rallier l’Europe en traversant la Méditerranée, le 1er avril 2017 au Niger

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