Philippines: les civils au désespoir dans une ville ravagée

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Marawi (Philippines) (AFP) – Dans une ville ravagée du sud des Philippines, Camilia Baunto attend désespérément des nouvelles de son mari, piégé par de féroces affrontements entre forces gouvernementales et combattants qui ont prêté allégeance au groupe Etat islamique.

Son époux est avec des centaines d’autres civils pris dans une souricière dans les quartiers sous le contrôle des islamistes. Ils font face à des menaces multiples, entre les bombes, les tirs des snipers, la faim et le manque de soins médicaux.

La sécurité n’est qu’à deux kilomètres et depuis le début des combats voici trois semaines, certains de ces civils ont risqué un sprint pour se mettre à l’abri, malgré les balles des jihadistes.

Tous les jours, Camilia, une mère de six enfants de 43 ans, attend au bâtiment du gouvernement provincial dans l’espoir que son mari vienne lui courir dans les bras.

« C’est très douloureux pour moi. J’ai peur qu’il ne soit touché » par une balle, disait-elle à l’AFP mercredi d’une voix douce, tripotant nerveusement son hijab.

« Il est trop traumatisé pour s’échapper. Même nous qui sommes à l’extérieur avons peur car on ne sait pas d’où viennent les balles », ajoute-t-elle, retenant ses larmes.

Les affrontements ont commencé le 23 mai lorsque des centaines de jihadistes ont semé le chaos dans les rues de Marawi, la plus grande ville musulmane des Philippines catholiques, brandissant le drapeau noir de l’EI.

– Boucliers humains –

Depuis, ils résistent à une campagne acharnée de bombardements aériens soutenue par les Etats-Unis et à de violents combats au sol avec les troupes philippines. Des quartiers entiers ressemblent désormais aux villes dévastées de Syrie ou d’Irak.

Facteur clé de la résistance des jihadistes, les civils pris aux piège et dont ils se servent comme boucliers humains pour empêcher l’armée de détruire complètement les zones sous leur contrôle.

Malgré tout, des rues entières ne sont que ruines tandis que les bombes de l’armée ont parfois raté leur cible. Dix soldats ont été tués dans une frappe ratée.

La plupart des 200.000 habitants avaient réussi à fuir au début des affrontements. Mais les autorités estiment qu’entre 300 et 1.700 civils sont toujours coincés dans les quartiers sous la mainmise des jihadistes.

Camilia et sa famille se trouvaient dans une localité avoisinante quand les combats ont éclaté. Mais son mari, Nixon, est rentré pour vérifier ce qu’il se passait avec leur maison et leur quincaillerie.

Depuis, il a réussi à l’appeler par intermittence et ce qu’il raconte est terrifiant.

« Il ne mange pas. Il ne dort pas. Une bombe ici, une explosion là. Il s’affaiblit », raconte-t-elle dans l’entrée du gouvernement provincial, d’où elle peut voir les hélicoptères de l’armée lâcher des bombes.

– Manger du carton –

Vingt-six civils ont été tués dans les combats. Mais les autorités locales et les travailleurs humanitaires estiment probable que ce chiffre soit bien supérieur, que des dizaines d’autres ont péri, leur cadavre pourrissant dans les zones sous contrôle jihadiste.

Et les conditions de vie deviennent de plus en plus précaires à mesure que la nourriture se tarit, préviennent-ils.

« Certains habitants mangent du carton. Ils le plongent dans l’eau pour le ramollir et ils le mangent », explique à l’AFP Zia Alonto Adiong, porte-parole du comité de crise provincial, citant le témoignage de rescapés.

« Cela fait mal au coeur. On a dû mal à croire que les gens vivent de cette façon ».

L’armée a aussi annoncé que les jihadistes avaient asservi certains civils, les forçant à faire la cuisine et à transporter les munitions.

Nick Andeleg, un peintre en bâtiment chrétien de 26 ans, a réussi à s’enfuir mardi. Avec ses collègues, ils ont réalisé qu’attendre encore davantage serait synonyme d’une mort certaine.

« On croyait qu’on était les seuls à être toujours pris au piège. On s’est dit que ça serait mieux de tenter de fuir. Si on mourrait dans la rue, au moins on aurait tenté de se sauver », dit-il à l’AFP, expliquant que les bombes avaient détruit les maisons alentour.

« On se cachait où on pouvait. On se mettait sous tous les meubles: lits, armoires, dans les toilettes. On était comme des rats ».

Camalia Baunto a laissé ses six enfants chez ses beaux-parents près de Marawi. Elle se dit déterminée à attendre son mari.

Elle semble en proie aux plus grands tourments, parle toute seule ou pose des questions auxquelles personne ne peut répondre. « Quand cette crise va-t-elle prendre fin? Quand ce chaos va-t-il finir? »

Le conflit dans le sud des Philippines
De la fumée s’élève au-dessus de Marawi après un bombardement des forces aériennes philippines sur des positions islamistes, le 14 juin 2017

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