Abou Bakr al-Baghdadi, le « calife » invisible du groupe jihadiste EI

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Bagdad (AFP) – Abou Bakr al-Baghdadi, le chef du groupe État islamique (EI) dont la mort probable dans un raid russe en Syrie a été annoncée vendredi, est aussi puissant que discret. Ses partisans l’appellent « le fantôme » tant ses apparitions sont rares.

Dans un communiqué, l’armée russe a affirmé avoir probablement tué Abou Bakr al-Baghdadi lors d’une frappe menée fin mai par son aviation sur une réunion de hauts dirigeants de l’organisation jihadiste près de Raqa, principal bastion de l’EI dans le nord de la Syrie.

Depuis 2014, des rumeurs et des informations sur la mort du chef de la plus redoutable organisation jihadiste au monde, ont régulièrement circulé. Mais elles n’ont jamais été confirmées.

Abou Bakr al-Baghdadi n’a plus donné signe de vie depuis un enregistrement audio diffusé en novembre 2016, après le début de l’offensive irakienne pour reprendre Mossoul dans lequel il exhortait ses hommes à lutter jusqu’au martyre. Les jihadistes continuent de résister dans leur dernier carré dans leur principal grand fief en Irak.

Il aurait quitté la ville en début d’année, probablement pour la frontière irako-syrienne. Les États-Unis ont offert 25 millions de dollars pour sa capture.

C’est à Mossoul que le chef de l’EI a fait sa seule apparition publique connue, en juillet 2014, à la mosquée al-Nouri.

En turban et habit noirs, barbe grisonnante, il avait alors appelé tous les musulmans à lui prêter allégeance après avoir été désigné à la tête du califat proclamé par son groupe sur les vastes territoires conquis en Irak et en Syrie voisine.

Aujourd’hui, son « califat » vacille sous les offensives militaires, mais son groupe parvient à frapper avec des attentats sanglants à travers le monde.

« C’est assez frappant de voir que le chef du groupe terroriste qui accorde le plus d’importance à l’image soit, lui, si discret », souligne Patrick Skinner, ex-officier traitant de la CIA, aujourd’hui analyste au Soufan Group.

– Passionné de foot –

De son vrai nom, Ibrahim Awad al-Badri, Abou Bakr al-Baghdadi était un garçon « introverti, pas très sûr de lui », raconte à l’AFP la journaliste Sofia Amara, auteure d’un documentaire sur son parcours.

Il serait né en 1971 dans une famille pauvre de Samarra, au nord de Bagdad. Il a eu quatre enfants avec sa première femme puis un autre fils avec sa deuxième femme. L’une d’elles le décrit comme un « père de famille normal ».

Ce passionné de football rêvait d’être avocat, mais ses résultats scolaires insuffisants ne lui ont pas permis de suivre des études de droit. Il a également envisagé de s’engager dans l’armée, mais sa mauvaise vue l’en a empêché. Il a finalement étudié la théologie à Bagdad.

« Il donne l’impression d’un homme qui n’est pas brillant, mais patient et bosseur », explique Sofia Amara. « Il avait une vision en amont assez claire de là où il voulait aller et de l’organisation qu’il voulait créer », souligne-t-elle en parlant d' »un planificateur secret ».

Son passage en 2004 dans la prison de Bucca, près de la frontière koweïtienne, s’avèrera décisif.

Al-Baghdadi, qui a créé au moment de l’invasion américaine de 2003 un groupuscule jihadiste sans grand rayonnement, est arrêté en février 2004 et emprisonné dans cette gigantesque prison.

Ce complexe pénitentiaire, où se côtoient dignitaires déchus du régime baassiste de Saddam Hussein et la nébuleuse jihadiste sunnite, sera surnommé « l’université du jihad ».

Peu à peu, « tout le monde s’est rendu compte que ce rien du tout, ce type timide, était un fin stratège », explique Sofia Amara.

– L’islam « religion de guerre » –

Libéré en décembre 2004 faute de preuves, il fait allégeance à Abou Moussab al-Zarqaoui, qui dirige un groupe de guérilla sunnite sous tutelle d’Al-Qaïda.

Homme de confiance d’Abou Omar al-Baghdadi, un des successeurs de Zarqaoui, il prendra la relève à sa mort en 2010 sous le nom d’Abou Bakr al-Baghdadi, en référence à Abou Bakr, premier calife successeur du prophète Mahomet.

Il se démarque de ses prédécesseurs en intégrant dans ses rangs d’ex-officiers baassistes avec l’aide desquels il transforme le groupe de guérilla en une redoutable organisation armée.

Profitant de la guerre civile, ses combattants s’installent en Syrie en 2013, avant une offensive fulgurante en Irak en juin 2014 où ils s’emparent d’un tiers du pays dont Mossoul.

Le groupe, rebaptisé État islamique, supplante Al-Qaïda, et ses succès militaires et sa propagande soigneusement réalisée attirent des milliers de partisans du monde entier.

Dans un enregistrement de mai 2015, Abou Bakr al-Baghdadi exhortait les musulmans soit à rejoindre le « califat », soit à mener la guerre sainte dans leur pays. « L’islam n’a jamais été la religion de la paix », martelait-il. « L’islam est la religion de la guerre ».

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