La vieille ville de Mossoul, un dédale de ruelles et une mosquée emblématique

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Bagdad (AFP) – Le vieux Mossoul, théâtre de l’assaut final des troupes irakiennes contre les combattants du groupe État islamique (EI), est le coeur historique de la ville, avec ses ruelles étroites et son emblématique mosquée al-Nouri.

Délimité historiquement par des remparts du XIe siècle (détruits au XXe siècle) et adossé au Tigre sur sa partie orientale, ce secteur de 3 km² a été le coeur vivant de la deuxième ville d’Irak, qui fut durant plusieurs siècles un carrefour commercial entre l’Inde, la Perse et la Méditerranée.

Ce dédale de petites maisons en pierre est jalonné de boutiques de commerçants et artisans, de marchés, de mosquées et d’églises.

Mais dans la lutte contre l’EI, un édifice attire toute l’attention: la mosquée al-Nouri.

C’est là que le chef de l’organisation jihadiste Abou Bakr al-Baghdadi a proclamé en juillet 2014 le « califat » sur les zones contrôlées par ses combattants en Irak et Syrie, lors de sa seule apparition publique connue.

La mosquée tient son nom de Noureddine al-Zinki, l’unificateur de la Syrie qui régna également un temps sur Mossoul et ordonna sa construction en 1172.

Ce prédécesseur de Saladin est une figure de la résistance aux Croisades, à laquelle il associa pour la première fois la notion du jihad. Une rhétorique toujours utilisée par les jihadistes, qui qualifient souvent les Occidentaux de « Croisés ».

– Patrimoine menacé –

La mosquée a été détruite et reconstruite en 1942 dans le cadre d’un projet de rénovation.

Un des seuls vestiges du bâtiment d’origine est un minaret incliné, que les habitants de Mossoul appellent « la bossue » (al-hadba).

Décoré de motifs géométriques en briques, il est un emblème de la ville et est imprimé sur les billets de 10.000 dinars irakiens. C’est aussi un symbole du règne de l’EI: les jihadistes ont planté leur drapeau noir à son sommet, à 45 m de hauteur.

Historiens et architectes s’inquiètent des violents combats qui s’annoncent et risquent de mettre en péril le fragile « bossu » et, plus généralement, le patrimoine de la vieille ville.

En 2012, l’Unesco avait évalué l’inclinaison du minaret à 2,53 m par rapport à l’axe vertical. Pointant « une faiblesse structurelle et un risque d’écroulement », l’organisme onusien avait lancé le 2 juin 2014 une opération de stabilisation de l’édifice, interrompue quelques jours plus tard par l’entrée de l’EI dans la ville.

Dans leur entreprise de destruction de hauts lieux historiques, les jihadistes ont déjà menacé le « bossu » mais leur intention avait été contrecarrée par des habitants qui avaient formé une chaîne humaine autour, selon des témoins.

Dans un « plaidoyer désespéré » publié en mars, Ihsan Fethi, membre de la société des architectes irakiens, a appelé à épargner la vieille ville qui compte « des monuments et des maisons d’une valeur historique et architecturale parmi les plus remarquables en Irak et dans la région ».

Il y exhorte notamment l’armée irakienne et ses alliés à ne pas bombarder aveuglément le vieux Mossoul.

« Nous avons déjà connu ça à Alep et ailleurs », estime-t-il. « Si la libération de la ville se fait au prix de la destruction du vieux Mossoul, alors cette +victoire+ sonnera creux ».

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