Philippines: les deux frères qui ont répandu le chaos à Marawi

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Marawi (Philippines) (AFP) – Vingt ans après leur scolarisation dans cet établissement protestant, les frères Omarkhayam et Abdoullah Maute sont retournés dans leur ancien lycée du sud des Philippines, qu’ils ont incendié au nom du jihad.

Des centaines d’hommes armés, recrutés pour beaucoup par les frères Maute, ont mis à sac le lycée Dansalan en prenant le contrôle le mois dernier au nom du groupe Etat islamique de quartiers entiers de Marawi, principale ville musulmane des Philippines catholiques.

L’institution gérée par l’Eglise protestante était un symbole de tolérance religieuse dans le sud de l’archipel.

Depuis l’insurrection du 23 mai, les frères Maute, âgés d’une trentaine d’années, sont toujours retranchés avec des dizaines ou des centaines d’hommes dans Marawi, résistant à une offensive de l’armée qui a fait plus de 300 morts.

« Nous ne comprenons pas d’où vient cette haine », s’interroge Zia Alonto Adiong, membre du parlement régional.

Ancien doyen de l’Université d’Etat de Mindanao, à Marawi, Duma Sani, dont la fille fréquenta la même classe que l’un des frères Maute, affirme que la plupart des habitants ne partagent absolument pas la lecture extrémiste de la religion des deux frères.

« Ces (combattants) sont des jeunes qui ont leur propre interprétation du Coran et qui ne respectent pas leurs aînés », a-t-il dit à l’AFP.

– Elite de Mindanao –

Le groupe Maute est apparu vers 2012 après plusieurs décennies de rébellion séparatiste musulmane à Mindanao.

Il a été formé par des dissidents du Front Moro islamique de libération (Milf), principal mouvement de la rébellion, qui étaient hostiles aux négociations de paix.

Comme Abou Sayyaf, un autre mouvement dissident désormais spécialisé dans les enlèvements crapuleux, le groupe Maute a prêté serment à l’Etat islamique (EI).

« Je crois que ce qui a transformé le groupe Maute en une menace militaire véritable, c’est l’émergence de l’EI au Proche-Orient », a déclaré à l’AFP Sidney Jones, directrice de l’Institut pour l’analyse politique des conflits, basé à Jakarta.

Les frères Maute se sont de leur côté radicalisés bien plus tôt, lors de leurs études au Proche-Orient, souligne toutefois Mme Jones.

Omarkhayam a étudié à l’Université Al-Azhar du Caire, et Abdoullah en Jordanie.

Rommel Banlaoi, directeur de l’Institut philippin de recherches sur la paix, la violence et le terrorisme, à Manille, affirme que les frères sont rentrés au bout d’une décennie au pays, où ils ont été sous la coupe d’un activiste recherché en Indonésie, Ustadz Sanussi, qui les a mis en contact avec d’autres jihadistes de la région, et notamment le malaisien Zulkifli bin Hir, expert en explosifs.

Les Maute appartiennent à l’élite de Mindanao, leur père est ingénieur et leur mère travaille dans l’immobilier.

– Nouvelle destination du jihad –

Ils sont en outre parents avec un des commandants du Milf, selon M. Banlaoi.

Depuis l’insurrection de Marawi, le père et la mère des Maute ont été arrêtés. Les autorités affirmant que cette dernière jouait un rôle dans le financement du groupe.

A en croire M. Banlaoi, ses sept enfants seraient impliqués dans la rébellion de Marawi.

Pour Sidney Jones, la mère ne serait pas la force motrice de l’engagement radical de la famille qui serait surtout sous l’influence d’Omarkhayam et Abdoullah.

Leur principal allié est le chef d’Abou Sayyaf Isnilon Hapilon, qui figure sur la liste américaine des terroristes les plus recherchés par les Etats-Unis.

Nommé par l’EI comme son chef aux Philippines, Hapilon se trouve vraisemblablement dans Marawi à l’heure actuelle, avec les frères Maute.

Quelle que soit l’issue de l’insurrection de Marawi, les frères Maute auront d’ores et déjà réussi à placer Mindanao sur la carte mondiale des zones jihadistes, observe Mme Jones, qui rappelle que de nombreux étrangers ont grossi les rangs des combattants à l’oeuvre à Marawi.

« Tout le monde s’inquiétait jusqu’à présent de la menace que représentent les jihadistes revenant de Syrie ou d’Irak. Mais tout à coup, la menace première est celle des combattants étrangers qui n’ont jamais mis les pieds au Proche-Orient mais se rendent à Mindanao », a-t-elle dit.

« Marawi est devenue la nouvelle destination attrayante du jihad. »

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