Journal filmé ou polar nerveux: deux regards sur l’Egypte avant sa révolution

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Paris (AFP) – Journal filmé empreint de mélancolie pour l’un, polar nerveux pour l’autre: les réalisateurs Tamer El Saïd et Tarik Saleh racontent chacun à leur manière les prémices du printemps arabe en 2011, dans deux films remarqués sur l’Egypte juste avant l’implosion.

Hasard du calendrier, « Les derniers jours d’une ville » (« Akher ayam el medina » en arabe) sort sur les écrans français ce mercredi et « Le Caire confidentiel » suivra une semaine plus tard.

« Pendant les 18 jours de soulèvements (qui ont chassé Hosni Moubarak du pouvoir, ndlr), je n’ai pas ressenti le besoin de filmer », affirme Tamer El Saïd, 44 ans, qui a porté son projet pendant une décennie et a fini de tourner six semaines avant que le pays ne bascule.

Le tournage a débuté en 2009 et a duré deux ans.

« Ca nous semblait (alors) normal de filmer les rues du Caire mais après, ça ne paraissait pas convenable d’utiliser un moment aussi important comme toile de fond », estime le réalisateur qui habite à deux pas de la place Tahrir, épicentre de la révolte de 2011.

Entre fiction et documentaire, son premier long-métrage tourné principalement avec des non-professionnels, raconte comment un réalisateur de 35 ans (interprété par l’acteur britannique d’origine égyptienne Khalid Abdalla) se bat pour réaliser un film qui saisirait l’âme de sa ville.

Il s’aide de ses amis qui lui envoient des images de leur vie à Beyrouth, Bagdad ou encore Berlin. Mais le monde qu’il veut filmer est déjà en train de disparaître.

« L’idée du film m’est venue après la mort de mon père, et la disparition d’amis dans un incendie qui a détruit une salle de spectacle à Beni Souef (à une centaine de km au sud du Caire) en 2005 », et a fait 46 morts, raconte celui qui dit filmer pour « faire durer les choses ».

« Ce drame dit tout de la fin de l’ère Moubarak, c’était évident qu’on ne pouvait pas continuer comme ça », souffle-t-il.

– « Un homme contre le système » –

Un sentiment partagé par Tarik Saleh, 45 ans, Suédois d’origine égyptienne, qui s’est inspiré d’une histoire vraie pour réaliser un portrait de la corruption à tous les étages.

« Le Caire confidentiel » (ou « The Nile Hilton Incident » en anglais) suit les pas d’un inspecteur corrompu, promis à un brillant avenir grâce à son oncle, haut placé dans la police.

En découvrant le cadavre d’une chanteuse dans un grand hôtel, il remonte jusqu’à un magnat de l’immobilier et la garde rapprochée du président Hosni Moubarak.

Pour une fois, il décide de ne pas fermer les yeux.

« C’est le genre d’histoire auquel je reviens toujours: un homme contre le système », explique Tarik Saleh, connu jusqu’ici pour ses documentaires ou un clip de la chanteuse Lykke Li (« I Follow Rivers ») avec l’acteur Fares Fares, qui tient le rôle de l’inspecteur dans le film.

Il a écrit le scénario en 2010, préférant le polar au film ouvertement politique, genre qui « vieillit parfois mal », selon lui. Le film se terminait déjà par une révolution.

Trois jours avant le début du tournage au Caire, les autorisations ont été retirées, obligeant l’équipe à s’installer à Casablanca où a été reconstituée la capitale égyptienne.

De la mégalopole, le réalisateur montre les petites combines, la drogue, la prostitution ainsi que les populations immigrées (venant du Soudan) vivant aux confins des villes.

Un tableau rare de l’Egypte contemporaine qui a séduit le jury à Sundance et au Festival international du film policier de Beaune (France), où il a reçu le Grand prix.

Comme « Les derniers jours d’une ville », « Le Caire confidentiel » ne sortira pas sur les écrans égyptiens. « Une blessure », avoue Tamer El Saïd, un des cofondateurs de « Cinémathèque – Alternative Film Centre en Égypte », un lieu créé spécifiquement pour les artistes.

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