Venezuela: l’opposition lance une consultation populaire contre Maduro

Annonces
Annonces
Caracas (AFP) – L’opposition vénézuélienne organise dimanche une consultation populaire symbolique contre le président Nicolas Maduro et son projet de modifier la Constitution, après plus de trois mois de manifestations violentes dans ce pays englué dans une crise politique.

Présenté comme un acte de « désobéissance civile », ce vote qui se déroulera sans l’aval des autorités a pour but, explique l’opposition, de matérialiser le rejet par la population de la future Assemblée constituante.

Selon l’institut de sondages Datanalisis, près de 70% des Vénézuéliens sont opposés à la Constituante et 80% dénoncent la gestion par M. Maduro d’un pays en partie paralysé et traumatisé par trois mois et demi de manifestations au cours desquelles 95 personnes ont été tuées.

En face, afin de ne pas laisser l’opposition occuper tout le terrain, le gouvernement a invité les citoyens à venir dimanche tester les machines de vote qui seront mises en place le 30 juillet et à obtenir des informations sur ce scrutin.

L’Assemblée constituante voulue par le président Maduro, et dont les 545 membres seront élus le 30 juillet, aura pour mission de modifier la Constitution en vigueur pour assurer, selon lui, la stabilité politique et économique du Venezuela.

Ce projet est fermement rejeté par les antichavistes – du nom d’Hugo Chavez, président de 1999 à sa mort en 2013 – qui y voient un moyen de contourner l’Assemblée nationale, où l’opposition est majoritaire depuis 2016 après 17 ans de domination chaviste.

En signe de contestation, ceux-ci ont donc organisé la consultation populaire symbolique sur cette Constituante dans 1.600 bureaux de vote à travers le pays.

« J’en ai marre, je suis fatiguée de ne pas trouver de nourriture, de médicaments, mon salaire ne suffit pas. Nous luttons pour le pays que nous voulons », a déclaré à l’AFP une infirmière de 29 ans, préférant rester anonyme.

La crise politique survient sur fond de chute depuis 2014 des cours du pétrole qui frappe de plein fouet l’économie, dont 95% des devises proviennent de l’exportation de l' »or noir ». Le Venezuela dispose des plus importantes réserves de la planète.

– D’anciens présidents observateurs –

« Une mission de cinq anciens présidents arrivera samedi en tant qu’observateurs internationaux » de la consultation symbolique de l’opposition, a annoncé une élue de l’opposition, Maria Corina Machado. Elle a cité le Mexicain Vicente Fox, les Costariciens Laura Chinchilla et Miguel Angel Rodriguez, le Colombien Andres Pastrana et le Bolivien Jorge Quiroga.

Le secrétaire général de l’ONU, Antonio Guterres, a exprimé vendredi sa préoccupation. « Nous sommes plus inquiets que jamais concernant le Venezuela », a-t-il déclaré dans un communiqué. « Il y a un besoin urgent d’un dialogue national au Venezuela entre le gouvernement et l’opposition ».

Le secrétaire général de l’Organisation des Etats américains (OEA), Luis Almagro, qui qualifie le régime de M. Maduro de « dictature », a estimé que la consultation populaire convoquée par l’opposition pourrait « arrêter l’effondrement des institutions ».

Au même moment, le Haut Commissariat aux réfugiés de l’ONU (HCR) a publié des chiffres de demandes d’asile déposées par des Vénézuéliens: elles se sont envolées ces derniers mois, avec 52.000 demandes enregistrées depuis janvier, soit plus du double de celles recensées l’an dernier.

– Fêlures et critiques –

Pour la coalition d’opposition de la Table de l’unité démocratique (MUD), la consultation populaire de dimanche sera le « détonateur » de la dernière phase de la mobilisation qui vise à forcer Nicolas Maduro à quitter le pouvoir. Elle n’écarte pas non plus la possibilité de convoquer une grève générale.

« On peut être en colère contre la révolution, car certaines choses ne marchent pas. On s’est laissés acculer par la droite, mais nous allons tous voter car nous sommes des révolutionnaires », a lancé l’un des dirigeants des jeunes chavistes, Steven Marquez.

Le camp gouvernemental a toutefois laissé entrevoir des fêlures, avec les prises de position critiques de la procureure générale Luisa Ortega, une chaviste entrée en dissidence et menacée d’un procès qui pourrait conduire à sa destitution.

Pour l’analyste Benigno Alarcon, si la consultation organisée par les antichavistes « n’est pas légalement contraignante », elle est « politiquement » significative.

« Il sera très compliqué pour le gouvernement de donner une viabilité politique à une Constituante qui naîtrait avec une abstention très forte, par opposition à une consultation qui pourrait avoir une participation très élevée », déclare-t-il.

L’Eglise catholique est montée au créneau, dénonçant la possibilité de « l’inscription dans la Constitution d’une dictature militaire, socialiste, marxiste et communiste » et appelant M. Maduro à renoncer à son projet.

Une militante de l’opposition manifeste à Caracas, le 10 juillet 2017
Fiche sur le plébiscite populaire proposé par l’opposition dimanche 16 juillet au Venezuela, thèmes
La procureure générale Luisa Ortega donne une conférence de presse à Caracas, le 4 juillet 2017

Les plus populaires

Annonces