Venezuela: Trump montre les dents mais gare au retour de bâton

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Washington (AFP) – Face à la crise au Venezuela, Donald Trump montre les dents et menace d’infliger des sanctions économiques « fortes ». Mais le président américain risque un retour de bâton de Caracas accusant Washington d' »impérialisme ».

Comme son prédécesseur Barack Obama, Donald Trump doit gérer des relations diplomatiques exécrables entre les Etats-Unis et le Venezuela qui n’ont plus d’ambassadeurs depuis 2010.

Mais alors que l’administration démocrate avait quelque peu réussi en 2016 à apaiser les tensions avec le régime du président socialiste Nicolas Maduro, la température est brutalement remontée avec l’équipe du milliardaire républicain.

« Toutes les options sont sur la table », ont tonné mardi soir des responsables de la Maison Blanche, martelant l’avertissement qu’avait lancé la veille le président Trump: « Les Etats-Unis ne resteront pas immobiles pendant que le Venezuela s’effondre. Si le régime Maduro impose son Assemblée constituante le 30 juillet, les Etats-Unis adopteront des mesures économiques fortes et rapides ».

– « Dictateur » –

Le président américain a également traité son homologue vénézuélien de « mauvais dirigeant rêvant de devenir dictateur ». Les cadres de la Maison Blanche ont dénoncé « le mode dictatorial » du pouvoir à Caracas et réclamé le « rétablissement de la démocratie ».

Au Congrès aussi, le sénateur républicain Marco Rubio a exigé cette semaine « le rétablissement complet de l’ordre démocratique et le respect des droits fondamentaux au Venezuela, alors que le régime de Nicolas Maduro poursuit ses coups de boutoir contre le peuple vénézuélien et les institutions démocratiques du pays ».

L’exécutif et des parlementaires américains ont apporté leur soutien à la consultation symbolique le week-end dernier de l’opposition vénézuélienne qui a vu 7,6 millions d’électeurs demander le retrait d l’Assemblée constituante.

Sommant le président Trump d’agir, un expert du Center for Strategic & International Studies (CSIS), Moises Rendon, souligne dans un article pour son centre de recherche que « l’action la plus importante pour les Etats-Unis, les pays de la région et le monde, serait de ne pas reconnaître un gouvernement issu d’une Assemblée constituante illégitime (…) de type soviétique ».

Mais cette ligne dure est risquée, mettent en garde des analystes.

Geoff Thale, du groupe de pression sur les droits de l’homme Washington Office On Latin America (Wola) se dit ainsi « très sceptique sur l’efficacité de sanctions américaines unilatérales » contre Caracas. Au contraire, « il est probable qu’elles aient pour effet de galvaniser le sentiment de résistance du gouvernement et de lui offrir un cri de ralliement nationaliste contre les Etats-Unis », explique l’expert à l’AFP.

– « Mourir de faim » –

David Smilde, professeur à l’université Tulane pense même que « le gouvernement vénézuélien sortira renforcé par des sanctions américaines ». A ses yeux, « il n’y a aucun moyen aujourd’hui d’imposer des sanctions économiques au Venezuela sans aggraver encore la situation humanitaire » déjà critique.

« Des gens vont mourir de faim » et il y aura « un énorme ressentiment chez les Vénézuéliens » contre Washington, prévient le chercheur. En outre, des sanctions contre Caracas « ne seront jamais bien acceptées par les autres pays de la région », selon M. Smilde.

Il faut dire que le contexte historique est lourd en Amérique latine: les Etats-Unis ont longtemps été accusés d’interventionnisme, voire d' »impérialisme » dans ce qu’ils considéraient être leur « arrière-cour ».

D’ailleurs, le président Maduro a promis une riposte « très ferme » à la « menace impériale » de son homologue américain. Son chef de la diplomatie Samuel Moncada a dénoncé « l’insolente menace d’un empire xénophobe et raciste ».

En dépit de cette grave poussée de fièvre, les relations économiques historiques entre Washington et Caracas restent étroites: les Etats-Unis demeurent les premiers importateurs de pétrole vénézuélien et nombre de multinationales américaines, comme le géant automobile General Motors, ont investi depuis des décennies dans ce qui fut longtemps un eldorado.

Les responsables de la Maison Blanche semblaient d’ailleurs conscients, mardi devant la presse, de l’impact éventuel de sanctions économiques sur les « intérêts » des milieux d’affaires américains.

Pour David Smilde, de nouvelles mesures punitives de Washington – l’administration Trump en avait déjà infligé en février au vice-président vénézuélien Tareck El Aissami accusé de trafic de drogues – risqueraient même de pousser Caracas « vers la Russie et la Chine ».

Le chef de la diplomatie vénézuélienne Samuel Moncada, à Caracas, le 18 juillet 2017

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