Brésil: les partisans de Lula appelés à descendre dans la rue

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Rio de Janeiro (AFP) – Des mouvements de gauche ont appelé les partisans de Lula à descendre jeudi dans les rues des grandes villes du Brésil en soutien à l’ex-président condamné à près de dix ans de prison pour corruption et dont les avoirs viennent d’être gelés.

Lula et l’ex-présidente Dilma Rousseff devaient participer à la manifestation à Sao Paulo, a annoncé un député du parti PT sur Twitter. Cette formation fondée par Lula, qui a appelé avec diverses formations de gauche à des manifestations « Avec Lula et pour la démocratie », espère faire une démonstration de force.

Mais l’ampleur de la mobilisation à Sao Paulo comme à Rio, Brasilia, Salvador, Fortaleza, Recife ou Belo Horizonte était une inconnue jeudi en fin de matinée, à quelques heures du début des manifestations autour de cette affaire qui divise fortement les Brésiliens.

Par ailleurs, les récents appels à la mobilisation populaire, notamment contre les réformes libérales du gouvernement Temer, ont rencontré un succès mitigé.

D’autant plus que le PT est en pleine déliquescence depuis la destitution de Mme Rousseff l’an dernier.

Cette journée de mobilisation intervient huit jours après la condamnation choc à près de dix ans de prison de l’icône de la gauche latino-américaine par un juge anticorruption, Sergio Moro. Cette condamnation a rebattu les cartes pour la présidentielle de 2018, pour laquelle Lula figure en tête des intentions de vote.

Mercredi le juge Moro lui a porté un nouveau coup en ordonnant le gel de ses avoirs bancaires et la saisie de plusieurs de ses biens, dont sa résidence.

La décision de son ennemi intime a encore compliqué la situation de l’ex-président de 71 ans et a été dénoncée avec virulence par le PT, pour qui la justice veut « le priver de ses moyens de subsistance ». Le parti a critiqué tard mercredi une décision « mesquine », « une peine d’asphyxie économique ».

Ses avocats ont de leur côté qualifié le gel des avoirs de Lula d »‘illégal » et ont affirmé eux aussi qu’il « portait atteinte à la subsistance » de Lula et de sa famille.

– Procès politique –

L’infatigable juge Moro, héros national pour beaucoup de Brésiliens écoeurés par une corruption endémique, s’est attaqué aux biens de Lula pour « réparation des dommages causés » estimés à 16 millions de réais (4,4 millions d’euros) au groupe public Petrobras.

Un triplex au coeur des ennuis de Lula – une « largesse » de la compagnie de BTP OAS en échange de contrats de Petrobras, selon l’accusation – ayant déjà été confisqué, le juge Moro a décidé de geler les biens d’une valeur de 13,7 millions de réais (3,8 millions d’euros) de l’ex-ouvrier métallurgiste pour faire le compte.

Ainsi, plus de 600.000 réais (165.000 euros) ont été gelés sur les avoirs de Lula dans quatre banques brésiliennes. La décision du juge de Curitiba concerne également trois appartements – dont la résidence de Lula à Sao Bernardo do Camp (Sud) – , un terrain et deux voitures.

Lula et sa famille pourront continuer à exercer la jouissance de ces possessions mais celles-ci ne peuvent être vendues dans l’attente du jugement en appel.

Lula, qui a présidé le Brésil de 2003 à 2010 et a quitté le pouvoir avec un taux de popularité record, se dit victime d’un « procès politique » visant à l’empêcher de revenir dans le jeu.

« Le juge Moro ne peut pas continuer à se comporter comme un tsar. Il fait ce qu’il veut, sans respecter le droit démocratique, sans respecter la Constitution », a-t-il affirmé mardi, n’hésitant pas, comme le président Michel Temer, à mettre en cause les institutions.

Lula reste en liberté en attendant le jugement en appel de sa condamnation, qui pourrait prendre des mois.

L’incertitude sur son sort va peser lourdement sur une situation politique des plus confuses au Brésil, où le président Temer est menacé d’un procès pour corruption qui le chasserait du pouvoir.

Lula, qui est visé par quatre autres procédures judiciaires, a toujours nié les accusations dont il fait l’objet.

Mais décidément déterminé à ne pas le lâcher, le juge Moro l’a convoqué jeudi pour le 13 septembre concernant une de ces affaires: l’acquisition controversée d’un terrain.

« J’ai appris à ne pas me désespérer », a affirmé Lula jeudi dans une intervention retransmise sur Youtube.

Des partisans de l’ancien président brésilien Luiz Inacio Lula manifestent à Sao Paulo, le 12 juillet 2017

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