Scandale de corruption à Rome: lourdes peines pour les deux principaux accusés

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Rome (AFP) – Les deux principaux responsables de « Mafia capitale », un vaste réseau criminel qui avait infiltré la municipalité de Rome, ont été condamnés jeudi en première instance à 19 et 20 ans de prison au terme d’un procès retentissant.

Le tribunal de Rome a condamné à 20 ans de réclusion Massimo Carminati, personnage trouble au passé d’extrême droite, tandis que Salvatore Buzzi, son bras droit, a écopé d’une peine de 19 ans.

Quarante-six personnes étaient poursuivies dans le cadre de ce procès, ouvert il y a 20 mois et qui a nécessité environ 230 audiences avant de parvenir à un verdict en première instance.

Le procès a révélé l’étendue de la corruption ayant gangrené la capitale italienne, mais le tribunal n’a pas toutefois jugé qu’elle était le fait d’un réseau mafieux, en dépit du surnom, « Mafia capitale », rapidement donné par la presse à ce scandale.

« Mafia capitale n’existe pas », a lancé après le verdict l’un des défenseurs de Massimo Carminati, Me Ippolita Naso.

M. Carminati, 59 ans, borgne depuis un échange de tirs avec la police, avait déjà été condamné dans les années 1980 pour appartenance à un groupe criminel de la capitale.

En avril, le parquet avait requis 28 années de réclusion à son encontre, ainsi que la confiscation de tous ses biens.

Avec 45 autres prévenus, il était jugé depuis novembre 2015 pour extorsion, corruption et détournement de fonds publics dans le cadre d’un vaste réseau opérant grâce à la complicité d’entrepreneurs véreux et d’hommes politiques peu scrupuleux de tous bords.

Son bras droit, Salvatore Buzzi, patron d’une coopérative travaillant pour la municipalité de Rome, agissait en tant que médiateur entre le monde politique et celui plus obscur géré par Carminati.

Buzzi, incarcéré depuis son arrestation en décembre 2014 tout comme Carminati, avait déjà été condamné à 30 ans de prison pour l’assassinat brutal d’un complice l’ayant aidé à écouler des chèques volés, mais il avait été libéré pour bonne conduite au bout de six ans.

– « Association mafieuse » –

Le parquet avait requis 26 ans et trois mois de réclusion à son encontre.

Le tribunal n’a pas suivi le réquisitoire du parquet, et surtout, il a fait tomber l’accusation d' »association mafieuse » qui aurait aggravé le verdict des deux hommes et d’une vingtaine d’autres accusés, et débouché sur un régime carcéral plus sévère.

Selon les enquêteurs, les deux hommes avaient mis en place un vaste réseau de corruption dont les affaires s’étendaient de la gestion des ordures à la maintenance des espaces verts ou à l’hébergement des demandeurs d’asile, des secteurs bénéficiant d’importants fonds publics.

« Tu as une idée, toi, de combien je gagne sur les immigrés ? Le trafic de drogue rapporte moins », se vantait ainsi Buzzi dans une conversation téléphonique enregistrée par les enquêteurs.

Le parquet avait demandé un total de 515 années de prison contre les 46 accusés mais le tribunal en a acquitté cinq et a infligé à plusieurs autres des peines comprises entre 10 et 12 ans de réclusion pour un total supérieur à 250 années.

« Massimo Carminati est satisfait. Moi j’étais confiant, lui était pessimiste. Après la lecture du verdict il m’a dit: +tu avais raison+ », a déclaré Me Giosuè Naso, avocat du principal accusé.

« Nous avons gagné », a renchéri Me Alessandro Diddi, avocat de Salvatore Buzzi, lui aussi satisfait que l’accusation d’association mafieuse n’ait pas été retenue.

« La corruption existe non seulement dans la municipalité de Rome mais dans toutes les municipalités, dans toutes les institutions. L’Italie est un pays pourri, moralement pourri. Mais ce n’est pas de la mafia, c’est de la corruption », avait déclaré à l’AFP Me Naso lors de l’ouverture du procès.

Le procureur Paolo Ielo a reconnu devant la presse que le verdict lui donnait « partiellement tort » en reconnaissant « l’existence d’une association de malfaiteurs (…) un phénomène de criminalité organisée, mais pas de type mafieux ».

« Mafia Capitale: des entrepreneurs, des politiciens, des employés publics corrompus et des criminels (…) ont mortifié la dignité de Rome (…) mais aujourd’hui c’est la victoire des citoyens », a jugé de son côté la maire actuelle de Rome, Virginia Raggi, sur Facebook.

Ouverture du procès de l’affaire « Mafia capitale » au tribunal de Rome, le 5 novembre 2015

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