Espagne: Rajoy témoigne mercredi, une première pour un Premier minsitre

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Madrid (AFP) – Mariano Rajoy doit témoigner mercredi dans le procès d’un vaste réseau de corruption présumée impliquant des élus de son parti, une première pour un chef de gouvernement espagnol en exercice.

Deux prédécesseurs de M. Rajoy ont bien été entendus, Adolfo Suarez et Felipe Gonzalez, mais ils n’étaient plus en fonction.

Mariano Rajoy, 62 ans, au pouvoir depuis fin 2011, devra passer par là après les années d’affaires qui ont écorné l’image de son parti, et lui ont fait perdre sa majorité absolue au Parlement fin 2015.

En tant que chef du gouvernement, il aura le « privilège », s’il le souhaite, de ne pas s’asseoir à la place habituellement réservée aux témoins mais derrière l’estrade, comme les juges.

Mais M. Rajoy ne pourra échapper aux manifestants qui ont prévu de se grouper face au tribunal pour dénoncer la corruption, puis au feu roulant des questions de la partie civile, une association d’avocats proche du Parti socialiste (Adade).

« L’impact dans les médias ce jour-là et les suivants peut être brutal », commentait dimanche dans le quotidien conservateur ABC un éditorialiste, Curri Valenzuela.

Le Premier ministre sera entendu à partir de 10h00 (08h00 GMT) dans une annexe de l’Audience nationale — juridiction spécialisée dans les affaires sensibles — à San Fernando de Henares, près de Madrid, pour une durée indéterminée.

Les juges ont estimé par deux voix sur trois qu’il y avait lieu de l’entendre dans ce procès tentaculaire avec 37 prévenus, portant sur de présumés détournements de fonds entre 1999 et 2005, afin de connaître le « contexte » de l’affaire.

L’Adade veut questionner M. Rajoy au titre de ses responsabilités au sein du PP, dont il est le chef depuis 2004, et où il a occupé auparavant le poste de vice-secrétaire général notamment.

Le « cerveau » de l’affaire dite « Gurtel », l’entrepreneur Francisco Correa, a expliqué au cours du procès qui dure depuis octobre 2016, qu’il remettait des « enveloppes » aux élus du PP en échange de contrats.

Son principal complice était Luis Barcenas, intendant puis très brièvement trésorier du Parti populaire, jusqu’en 2009, un temps proche de M. Rajoy.

Que savait ce dernier sur les remises d’argent à des élus et membres du Parti populaire ?

Quelles informations avait-il sur des pots-de-vin présumés dont aurait profité le parti dans deux mairies cossues en banlieue de Madrid, Majadahonda et Pozuelo de Alarcon ?

Et pourquoi, s’il avait des doutes au sujet de Francisco Correa au point de l’avoir expulsé du PP, ne l’a-t-il pas dénoncé ?

« Il est tranquille et prêt à collaborer », a indiqué un porte-parole de ses services.

Le dossier le plus épineux concernant le PP a fait l’objet d’une enquête judiciaire à part, sur une comptabilité occulte de ce parti tenue par le même Luis Barcenas, qui n’a pas encore été jugé.

M. Rajoy n’a jamais été directement mis en cause, même si l’accumulation des mises en examen visant des élus et responsables conservateurs en particulier à Madrid et à Valence — deux bastions du PP pendant des années — ont amené ses opposants à l’accuser d’avoir fermé les yeux.

Lundi, le porte-parole du Parti populaire, Fernando Martinez-Maillo, a insisté sur le caractère normal de cette audition « en démocratie », soulignant d’autres précédents à l’étranger, dont l’ex-Premier ministre britannique David Cameron, entendu en 2012 dans le cadre d’une enquête sur des écoutes, ou encore, en France, l’ancien ministre des Affaires étrangères Dominique de Villepin en 2006 ou l’ex-Premier ministre Lionel Jospin en 2001.

« Cela ne donne pas une bonne image de l’Espagne », a rétorqué un responsable du Parti socialiste, José Luis Abalos.

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