Grèce: les juges dénoncent les attaques répétées du gouvernement

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Athènes (AFP) – Les magistrats grecs sont particulièrement remontés en ce moment contre le gouvernement, qui a émis une série de critiques contre leurs décisions, et n’hésitent pas à comparer leur situation à celle des juges polonais ou turcs.

Le gouvernement « essaie systématiquement de dominer et de contrôler la justice », s’est plainte ce week-end l’association des magistrats du siège et du parquet.

« Les ministres et les députés lancent quotidiennement des accusations sans fondement (…) ils cherchent à éroder le prestige du système judiciaire grec (…) suivant en cela l’exemple de la Turquie et de la Pologne », affirment ces magistrats, évoquant encore « un exécutif vorace cherchant à opérer sans contrôle ».

Les tensions sont vives depuis que des juges ont décidé de maintenir en prison, en attendant le procès en appel, une jeune doctorante de 29 ans, connue sous le seul prénom d’Irianna.

Elle a été condamnée en juin à 13 ans de prison pour une appartenance, qu’elle nie, au groupe d’extrême-gauche interdit Conspiration des cellules de feu.

Des députés du parti de gauche radicale Syriza d’Alexis Tsipras ont participé à des manifestations en sa faveur, d’autres, ainsi que des ministres, ont critiqué la décision.

Le propre ministre de la Justice, Stavros Kontonis, s’est joint à ce choeur, qualifiant de « surprise désagréable » le maintien en prison d’Irianna.

« C’est une décision pour le moins étrange, quand on voit libérer des trafiquants de drogue en attendant leur procès en appel », a-t-il déclaré devant le Parlement.

– ‘Sombres annales’ –

Le porte-parole du gouvernement, Dimitris Tzanakopoulos, a évoqué pour sa part « une mauvaise nouvelle », digne de figurer dans « les annales les plus sombres » de la justice grecque.

Le président du Conseil d’Etat, plus haute instance administrative du pays, a choisi le jour anniversaire de la fin de la dictature militaire en 1974, lundi, pour remarquer que « les juges ne prennent pas leurs instructions » du pouvoir. « Ils doivent être politiquement neutres », a toutefois ajouté Nikos Sakellariou.

Les magistrats avaient déjà protesté en octobre, lorsque, à la veille de la publication d’une décision sensible concernant l’attribution des licences aux chaînes de télévision, un journal pro-gouvernemental avait révélé qu’un des juges avait une liaison extra-conjugale.

« Ils utilisent les moyens les plus dégoûtants pour contrôler la justice, comme des journalistes payés à dessein », a accusé aussi l’association des magistrats dimanche.

La justice grecque n’a pas pour autant toujours été exempte de critiques. Ainsi, il y a une dizaine d’années, un groupe de juges avait été lourdement condamné pour avoir reçu des pots-de-vin.

Un autre point de tension est la demande de réouverture par le procureur général de la Cour de cassation, embarrassante pour Athènes, de l’enquête sur l’ancien directeur d’Elstat, l’office des statistiques grecques.

Andreas Georgiou est soupçonné d’avoir gonflé les chiffres du déficit public grec en 2009 pour permettre aux créanciers du pays d’imposer des réformes plus dures dans le premier plan de sauvetage de la Grèce en 2010.

Le président de la République, Prokopis Pavlopoulos, a souligné lundi soir que « l’homme ne peut vivre et créer librement que là où il y a une distinction entre les pouvoirs », semblant ainsi défendre les magistrats.

– ‘Dangereux’ –

« Les juges doivent baisser le ton, mais le gouvernement doit aussi percevoir ses limites », a estimé le professeur Grigoris Kaflelis, de la faculté de droit Aristote de Thessalonique, sur une radio locale.

« Tout cela est très dangereux, a déclaré à l’AFP, sous couvert d’anonymat, un procureur. C’est une attaque institutionnelle qui déstabilise la démocratie-même », a-t-il estimé.

En Pologne, des manifestations ont eu lieu la semaine dernière contre un projet de loi visant à renforcer le pouvoir du ministre de la Justice sur les juges. Le président Andrzej Duda a finalement opposé son veto lundi à cette loi.

En Turquie, les magistrats sont parmi les principaux visés par les purges massives qui sévissent depuis le putsch manqué contre le président Recep Tayyip Erdogan il y a un an.

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