Vote à suspense au Sénat américain pour relancer l’abrogation d’Obamacare

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Washington (AFP) – Soumis à une pression exceptionnelle de Donald Trump, les sénateurs américains votent mardi pour relancer la promesse républicaine d’abroger la loi sur la santé de Barack Obama, promesse qui s’est enlisée depuis plusieurs mois en raison de dissensions au sein de la majorité.

L’issue du vote était incertaine en milieu de journée, mais un indice laissait penser que la majorité était soudain confiante, après d’ultimes négociations enveloppées de mystère: le sénateur républicain John McCain, soigné dans l’Arizona pour un cancer du cerveau, reviendra spécialement mardi pour voter.

Le voyage étant éprouvant, plusieurs élus pensaient que le chef de la majorité n’aurait pas demandé à John McCain de revenir à Washington s’il n’était pas certain que sa voix serait décisive.

Il n’est pas possible de voter par procuration au Congrès.

John McCain votera avec ses collègues vers 18H45 GMT, puis prononcera un discours dans l’hémicycle et donnera une conférence de presse au Capitole.

Quoiqu’il arrive, Obamacare ne sera pas abrogée mardi. Les enjeux du vote sont seulement d’ouvrir formellement les débats sur l’abrogation de la loi démocrate de 2010, avec à la clé plusieurs jours de discussions et de votes dans l’hémicycle. Au Sénat, rien ne peut être mis à l’ordre du jour sans un tel vote de procédure.

Mais un vote négatif marquerait, pour le moment, la fin du chemin. Il serait ressenti comme une nouvelle gifle contre le parti républicain et contre Donald Trump, qui a mis tout son poids dans la balance pour que sa majorité tienne sa vieille promesse de campagne, formulée à chaque élection depuis 2010.

« Grande journée pour la santé. Après 7 ans de promesses, nous allons bientôt voir si les républicains sont à la hauteur ou non! » a tweeté Donald Trump.

A sa demande expresse, le chef de la majorité, Mitch McConnell, s’est résolu à organiser ce vote, après plusieurs reports depuis juin.

– Représailles politiques –

Sur les 52 membres de la majorité, trois ont déclaré la semaine dernière leur opposition pour un tel vote de procédure.

Mais ces trois sénatrices font depuis l’objet d’une pression extrême, de la part de Donald Trump mais aussi de multiples groupes d’intérêts et d’électeurs de tous bords. Par exemple, 7.150 soeurs catholiques ont écrit au Sénat pour dénoncer « la loi la plus néfaste pour les familles américaines que nous ayons jamais vue de notre vie ».

Des concessions pourraient convaincre les rebelles de revenir dans le rang.

Puisque les 48 démocrates de l’opposition voteront non, les républicains ne peuvent se permettre que deux défections.

Si le texte parvient à être inscrit à l’ordre du jour, les sénateurs pourront dans les prochains jours déposer des amendements et réécrire de facto toute la loi pour « remplacer » Obamacare par une réforme d’inspiration conservatrice.

Mais les modérés ne veulent pas d’une réforme qui plafonnerait le budget de Medicare, l’assurance maladie publique pour les Américains les plus pauvres, qui assure une personne sur cinq.

Ils ont déjà pris position contre une mouture de la réforme républicaine qui aurait conduit à la radiation de millions de personnes de Medicare dans la prochaine décennie.

A l’inverse les conservateurs, décidés à déréglementer le marché des assurances et à réduire le budget fédéral de la santé, exigent une abrogation sèche de nombreux pans d’Obamacare.

« Bien qu’il y ait des désaccords sur la meilleure façon d’abroger et de remplacer Obamacare, une chose est sûre: les Américains attendent de nous que nous tenions nos promesses », a tancé le conservateur Ted Cruz, qui votera oui mardi.

La semaine dernière, le consensus était si introuvable entre conservateurs et modérés que le chef de la majorité avait annoncé jeter l’éponge.

Mais Donald Trump a jugé un échec inacceptable et convoqué tous les sénateurs républicains. Il multiplie les tweets et les prises de parole. Et il a laissé entendre que les rebelles pourraient subir des représailles au moment de leur réélection.

Pour John Boehner, ancien président républicain de la Chambre des représentants, rien ne comblera le fossé qui existe parmi les républicains.

« Ils n’abrogeront pas et ne remplaceront pas Obamacare », a-t-il lâché récemment lors d’une conférence, selon une vidéo obtenue par le Washington Post. Selon lui, seuls quelques éléments de la réforme pourront in fine être annulés.

Le sénateur américain républicain John McCain, le 20 décembre 2016 à Mexico

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