Etats-Unis: l’inébranlable John McCain de retour au Sénat malgré la maladie

Annonces
Annonces
Washington (AFP) – Quelques jours seulement après avoir annoncé souffrir d’un cancer du cerveau, le républicain John McCain a fait mardi un retour triomphal et chargé d’émotions au Sénat, faisant montre une fois de plus de la passion qui l’a habité tout au long de sa carrière.

Le sénateur de 80 ans a été accueilli sous les applaudissements et les vivats de ses 99 collègues dès ses premiers pas parmi eux, fidèle à lui-même si ce n’est une petite cicatrice au-dessus d’un oeil et un hématome sur le visage.

Il a fait le voyage de l’Arizona (sud-ouest) où il est soigné pour participer à un vote crucial sur la réforme de l’assurance santé, sur fond de pression exceptionnelle du président Donald Trump. Il est entré dans la salle du Sénat une demi-heure après le début d’échanges extrêmement tendus, juste avant le vote.

Il a marché jusqu’au centre de la pièce et a annoncé son choix: pour l’ouverture du débat sur l’abrogation de la réforme du système de santé de Barack Obama.

C’était la première fois que la plupart des sénateurs le voyaient depuis l’annonce surprise de son cancer le 19 juillet. Il souffre d’un glioblastome, une tumeur cérébrale très agressive ayant l’un des taux de survie les plus faibles.

Fils et petit-fils d’amiraux, ancien pilote fait prisonnier de guerre pendant cinq ans et demi au Vietnam où il a été torturé, il est devenu au fil des ans un pilier de la politique américaine au point d’être candidat à la Maison Blanche en 2008.

Il doit désormais affronter un nouveau combat, face à la maladie.

Dans cette enceinte où la tradition bipartisane a fait long feu, il a asséné un message sévère à ses collègues.

– Humilité et dépendance –

« Nous avons tergiversé sur de trop nombreux problèmes importants parce que nous continuons d’essayer de trouver un moyen de gagner sans aide de l’autre camp », a relevé M. McCain, tandis que les autres sénateurs étaient assis, tout ouïe. Un respect assez rarement dévolu de nos jours à un parlementaire s’exprimant à la tribune.

Les récentes délibérations sont « plus partisanes, plus tribales, plus qu’à n’importe quelle autre période dont je puisse me souvenir », a-t-il lancé.

« J’espère que nous pourrons de nouveau compter sur l’humilité de notre nécessité à coopérer, de notre dépendance les uns envers les autres, apprendre à de nouveau nous faire confiance et, ce faisant, à mieux servir les gens qui nous ont élus », a poursuivi M. McCain.

Un discours qui a ému, et à la suite duquel la plupart des sénateurs sont allés le serrer dans leurs bras.

« Il n’y a personne au Sénat comme John McCain », a déclaré à l’AFP Chris Murphy, sénateur démocrate du Connecticut (nord-est). « Je suis ravi qu’il soit de retour et j’espère que ça lui remonte le moral d’être de retour sur le champ de bataille ».

Depuis son entrée au Congrès en 1982, John McCain n’a jamais hésité à défendre ses convictions, même si elles ne correspondaient pas à l’orthodoxie de son parti et le conduisaient à oeuvrer avec les démocrates.

Il s’amuse aujourd’hui d’être tour à tour décrit comme un iconoclaste ou un homme aigri. Donald Trump l’a récemment qualifié de « bourru ».

Le sénateur n’a montré aucune tolérance pour les manières du candidat et désormais président, qui s’en était pris en août 2016 aux parents d’un soldat américain musulman mort au combat. M. Trump avait même estimé que John McCain n’était pas un héros car il avait été capturé au Vietnam.

L’occupant de la Maison Blanche l’a néanmoins remercié sur Twitter « de venir à D.C. pour un vote aussi crucial ». Sa présence était encore incertaine lundi soir.

M. McCain, qui prévoit de passer « quelques jours » à Washington avant de retourner dans l’Arizona pour poursuivre ses soins, a porté un regard attendri sur ses années au Sénat –il a été élu à six reprises–, « le plus important boulot de ma vie ».

Il a également exhorté ses collègues –avec sa rudesse habituelle– à faire preuve de davantage de civilité et de compromis.

« Arrêtez d’écouter les forts en gueule grandiloquents à la radio, à la télévision et sur internet », a-t-il lancé. « Qu’ils aillent au Diable! ».

Les plus populaires

Annonces