Hubert Fournier (DTN): « Mbappé et Dembélé représentent une vague qui arrive »

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Paris (AFP) – Kylian Mbappé et Ousmane Dembélé, qui ont « une maturité psychologique assez incroyable », « représentent une vague qui arrive », estime le directeur technique national (DTN), Hubert Fournier, dans un entretien à l’AFP consacré à la formation.

L’ex-entraîneur de Lyon tance par ailleurs le club de Lille qui a « cassé le gentlemen’s agreement » qui prévalait entre clubs français, en acquérant de jeunes joueurs formés ailleurs dans l’Hexagone.

Q: Quels sont les principaux enseignements du classement des centres de formation ?

R: « La grande majorité de nos clubs respectent à la lettre les critères, ils sont pour la plupart en catégorie 1A, ce qui se fait de mieux. Au fil des années, pratiquement l’ensemble des clubs a été tiré vers le haut. Ceux qui investissent le plus sont ceux qui ont le meilleur retour sur investissement, comme l’Olympique lyonnais. C’est un vrai projet sportif, et je pense que c’est sur ce modèle qu’on doit se pencher, parce qu’il est pérenne et n’est pas assujetti à des capitaux étrangers ou à un Etat souverain, comme le Qatar, qui du jour au lendemain peuvent s’en aller ».

Q: Les critères du classement (contrats pro, matches joués, sélections, études, éducateurs) sont-ils amenés à évoluer ?

R: « C’est un peu comme le bac: presque tout le monde est en catégorie A1, c’est bien, ça veut dire que tout le monde fait le travail, mais nous voulons pousser encore à l’excellence à travers une redéfinition des critères. On voudrait pousser dans l’encadrement et les installations sportives, même si ça s’est énormément amélioré. On voudrait que l’argent que les clubs touchent à travers ce classement soit redistribué dans le fonctionnement et surtout le développement des structures de formation ».

Q: Quelles sont les directives concernant le jeu ?

R: « Philippe Montanier, en tant que coordinateur des sélections nationales jeunes, va avoir comme mission l’homogénéisation de l’ensemble des sélections de jeunes. On peut penser que ça aura des effets bénéfiques sur les prochaines années ».

Q: Lille est accusé de subtiliser des jeunes à peine formés: comment réagissez-vous ?

R: « Le Losc a cassé le gentlemen’s agreement qu’il y avait sur les jeunes et la formation. Si tout le monde fait comme Lille, il n’y aura plus de formation. C’est un club qui a changé radicalement de politique en achetant de la post-formation chez les concurrents. C’est un problème qu’on va mettre sur la table avec la Ligue (LFP). Il faut une réglementation qui permette d’éviter des abus du fait de ces nouvelles pratiques. Il ne faudrait pas que tout notre modèle de formation soit mis à mal par des dérives ».

Q: Les contrats Elite sont censés protéger…

R: « On ne protège jamais véritablement. Si on fait signer un gosse de 15 ans, et que des grands clubs anglais arrivent, forcément ça posera question… Mais il faut qu’il y ait un retour sur investissement, pour que le club formateur ne soit pas lésé. Il y a actuellement une indemnité de formation qui n’est, je pense, pas assez valorisée par rapport aux efforts consentis ».

Q: Les jeunes d’aujourd’hui sont-ils vraiment plus précoces que ceux d’avant ?

R: « Oui, une précocité footballistique: c’est le travail de nos éducateurs, au niveau des clubs et des pôles de préformation. Il y a aussi un gros accompagnement psychologique avec les éducateurs et les gens de l’enseignement, pour en faire des hommes et des jeunes garçons équilibrés, malgré la pression. Les bons exemples sont les jeunes qui été performants et viennent d’atterrir en équipe de France A. A 18 ans, ils ont une maturité psychologique assez incroyable ».

Q: Vous parlez de Kylian Mbappé et Ousmane Dembélé…

R: « Ils représentent une vague qui arrive. Suite au scandale de Knysna, il y a eu une prise de conscience: il fallait former des footballeurs mais aussi des hommes. Un gros effort a été fait dans l’accompagnement, la détection des jeunes talents, pour avoir un minimum de garantie sur la valeur humaine des joueurs amenés à constituer notre élite. On aura toujours de petits accidents, parce que c’est la société, l’être humain. Mais on le voit dans nos centres de formation et nos sélections: ce sont des talents, certes, mais aussi des gens équilibrés pour la plupart ».

Q: Après les dominations espagnole et allemande, serait-ce au tour de la France ?

R: « C’est le but! Il y a une concurrence féroce, qui pousse à l’excellence. C’est quelque chose de stimulant. Mbappé aurait pu être chez les plus jeunes, mais on a une Coupe du monde à préparer, et on a la chance d’avoir un sélectionneur qui fait confiance à cette jeune génération. La sélection A est relativement jeune, ça donne des perspectives intéressantes pour l’avenir ».

Propos recueillis par Yann BERNAL

Ousmane Dembélé et Kylian Mbappé au stade de France, le 13 juin 2017

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