RDC : Étienne Tshisekedi, mobutiste zélé mué en éternel opposant

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Kinshasa (AFP) – L’homme politique congolais Étienne Tshisekedi, évacué mardi de République démocratique du Congo pour des raisons médicales, fut longtemps un pilier du régime du dictateur Mobutu avant de se muer en éternel opposant aux dirigeants en place à Kinshasa.

Âgé de 84 ans, M. Tshisekedi a quitté la capitale congolaise pour Bruxelles alors que son parti négocie avec les alliés du président Joseph Kabila un partage du pouvoir jusqu’à la prochaine présidentielle censée avoir lieu fin 2017 en vertu d’un accord politique signé le 31 décembre.

M. Tshisekedi, qui n’est pratiquement pas apparu en public depuis un mois et demi, est un habitué des séjours médicaux à Bruxelles.

En 2007, peu après l’élection de M. Kabila, il quitte le pays à bord d’un avion médicalisé pour ne rentrer que fin 2010 en vue de participer à la présidentielle à venir, après avoir boycotté celle de 2006.

Battu en novembre 2011 à l’issue d’un scrutin entaché d’irrégularités massives, « Tshitshi », comme l’appellent nombre de ses sympathisants, refuse de reconnaître la légitimité de M. Kabila et se proclame « président élu » avant de s’enfermer dans une politique de boycottage des institutions qui va profondément affaiblir son parti, l’Union pour la démocratie et le progrès social (UDPS), dont il est le président inamovible.

En août 2014, il est évacué une nouvelle fois de Kinshasa vers la capitale belge. Il ne reviendra que fin juillet 2016 pour être accueilli triomphalement par des centaines de milliers de personnes.

De taille moyenne, les épaules larges et la tête ronde toujours coiffée d’une casquette, M. Tshisekedi cache sous des airs bonhommes un caractère entêté, autoritaire et imprévisible.

– Sphynx imprévisible –

Dès les première heures de l’indépendance du pays en 1960, le « Sphynx » (un autre de ses surnoms) a accompagné l’ascension de Joseph-Désiré Mobutu, qui allait plus tard régner d’une main de fer pendant 32 ans sur le pays, rebaptisé entre-temps Zaïre.

Né le 14 décembre 1932 à Kananga, au Kasaï, dans le centre de ce qui était alors le Congo belge, Étienne Tshisekedi wa Mulumba est encore étudiant, en septembre 1960, lors du premier coup d’État de Mobutu, qui « neutralise » le président Joseph Kasa-Vubu et son Premier ministre Patrice Lumumba, en guerre ouverte l’un contre l’autre.

Il devient alors commissaire-adjoint à la Justice dans le gouvernement transitoire qui fera arrêter en janvier 1961 Lumumba, héros de l’indépendance dont l’assassinat, quelques jours plus tard, sera sous-traité aux rebelles sécessionnistes du Katanga.

La même année, M. Tshisekedi devient le premier docteur en droit du Congo indépendant.

Après le coup d’État de Mobutu en novembre 1965, il enchaîne les portefeuilles (Intérieur, Justice, Plan). En 1966, il justifie comme une « action préventive » la pendaison publique de quatre hauts fonctionnaires accusés de complot contre le chef de l’État à qui l’on aura préalablement crevé les yeux.

A partir de 1968, il cumule ses fonctions ministérielles avec celle de premier secrétaire du Mouvement populaire de la révolution (MPR), le parti unique. Il est élu député en 1970.

Mobutu et lui étaient alors « les meilleurs amis du monde, ils courraient les filles ensemble », se souvient un proche sous le couvert de l’anonymat.

– Combat non violent –

La rupture survient en 1980. M. Tshisekedi cosigne une lettre ouverte au « Citoyen Président-Fondateur » dans laquelle treize députés dénoncent les dérives dictatoriales d’un régime kleptocratique.

Après un premier séjour en prison, il est libéré en 1982 et participe dans la clandestinité à la fondation de l’UDPS, parti constitué pratiquement sur une base monoethnique luba kasaïenne.

A la faveur de l’ouverture démocratique, il est élu Premier ministre en 1992. Il ne tiendra que quelques mois.

Après la chute de Mobutu en 1997, il s’oppose rapidement à son tombeur, le rebelle Laurent-Désiré Kabila, père de l’actuel chef de l’État.

A l’issue de la deuxième guerre du Congo (1998-2003), M. Tshisekedi, qui a toujours prôné le combat politique non violent, refuse de participer au gouvernement de transition et campe, depuis lors, dans le rôle de l’irréductible opposant.

Mais comme sous Mobutu, les ponts avec le pouvoir sont loin d’être tous coupés.

S’il refuse de participer en septembre au « dialogue national » proposé par M. Kabila le Sphynx finit par donner son aval à la participation de l’UDPS aux négociations ayant débouché sur l’accord du 31 décembre, qui consacre le maintien au pouvoir du chef de l’État au-delà du terme de son mandat.

Après avoir multiplié les consignes contradictoires, M. Tshisekedi – dont l’un des cinq enfants, Félix, brigue le poste de Premier ministre, quitte Kinshasa en y laissant nombre de ses sympathisants perplexes.

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