Prisons: le Brésil cherche la sortie du labyrinthe de la violence

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Rio de Janeiro (AFP) – Les Brésiliens se demandent comment freiner la vague terrifiante de violence qui frappe le pays à l’intérieur et à l’extérieur des prisons, avec des propositions allant de la dépénalisation de la marijuana au renforcement de l’arsenal répressif.

Règlements de comptes, décapitations, assassinats de policiers suivis d’exécutions sommaires s’y disputent chaque jour les gros titres des médias au côté des rebondissements du méga scandale de corruption Petrobras qui menace le système politique d’implosion.

La guerre des gangs a déjà fait près de 140 morts depuis le début de l’année entre détenus dans le nord déshérité du pays, voie d’entrée de la cocaïne du Pérou, de Colombie ou de Bolivie.

A Belem, capitale de l’Etat du Para (nord), 27 personnes ont été liquidées ce week-end, apparemment en représailles à la mort d’un policier. Dans l’Etat de Rio de Janeiro (sud-est), 13 policiers ont déjà été tués depuis début janvier.

Avec un taux d’assassinats par arme à feu de 21,2 pour 100.000 habitants, le Brésil compte parmi les 10 pays les plus dangereux au monde, selon la « Carte de la violence 2016 », un rapport annuel publié par la Faculté latino-américaine des Sciences sociales (Flacso).

Il dépasse sensiblement le Mexique (13,6/100.000) et de très loin les États-Unis (3,6). Dans aucun pays de l’Union européenne, ce taux ne dépasse 0,5.

Entre 1980 et 2014, 967.851 personnes ont été assassinées au Brésil. Et la saignée continue au rythme de 55.000 par an, alors que ce pays ne connaît ni « conflits frontaliers, ni guerre civile », déclare à l’AFP l’auteur du rapport, Julio Jacobo Waiselfisz.

– ‘Cordiaux et sauvages’ –

« Nous sommes cordiaux, nous sommes sauvages », titrait lundi le quotidien Estado de Sao Paulo, dans une chronique de l’ancien directeur de la politique économique de la Banque centrale, Luis Eduardo Assis. L’auteur y cite le classique « Racines du Brésil » de l’historien Sergio Buarque de Holanda, qui définissait dans les années 1930 le Brésilien comme un homme « cordial ».

« Mais cette cordialité, loin d’être une qualité, masque (…) notre incapacité à consolider des règles et des institutions, notre réluctance à distinguer l’intérêt public des intérêts privés », affirme l’éditorialiste.

« Il existe en Amérique latine en général (…) une culture de la violence » qui atteint un « niveau épidémique » au Brésil, soutient M. Waiselfisz, qui rejette les explications uniques comme la récession économique ou le trafic de drogue.

Le chômage de masse « provoque une augmentation des vols », mais il met longtemps avant de susciter une augmentation des homicides, selon lui. Quant aux drogues, « certains secteurs ont intérêt à les identifier comme le problème essentiel » car la logique répressive aide à « mobiliser d’importantes ressources financières pour l’appareil sécuritaire ».

« Je ne nie pas que les drogues constituent une grande partie du problème. Mais pourquoi le Brésil affiche un tel taux d’assassinats alors que la proportion de consommateurs de drogues y est bien inférieure qu’aux États-Unis, en Norvège ou en Suède ? ».

– ‘Prisons ou écoles ?’ –

L’universitaire établit en revanche une probable corrélation entre niveau d’éducation et criminalité. « Pour chaque adolescent de 17 à 19 ans ayant effectué un cursus secondaire complet et tué, 66 jeunes de la même tranche d’âge sont tués parmi ceux qui ont été scolarisés pendant moins de trois ans », souligne-t-il.

« La question que nous devons nous poser est donc s’il manque des prisons ou des écoles », affirme-t-il.

Les récents massacres dans les prisons ont relancé le débat sur la dépénalisation de la marijuana ou d’autres drogues. Le système carcéral étant surpeuplé de petits dealers qui côtoient des criminels chevronnés dans cette « université du crime », ajoute le chercheur.

Le ministre de la Justice Alexandre de Moraes a admis que plus de la moitié des détenus au Brésil n’avaient pas commis d’infraction grave. Environ 60% sont en attente de jugement, un taux drastiquement plus élevé que dans les pays développés.

La pastorale des prisons de l’Eglise catholique a appelé au démantèlement du système d’exclusion basé sur « la politique de guerre contre les drogues, de la militarisation de la police, des détentions provisoires ».

Le Congrès des députés, à majorité conservatrice, parle au contraire d’assouplir la législation sur les armes, de renforcer la pénalisation des délits liés à la drogue et d’abaisser l’âge de la majorité pénale.

Ces postures sont soutenues par une grande partie de la population brésilienne qui considère « qu’un bon bandit est un bandit mort ».

Des médecins légistes recouvrent des restes de corps découverts dans la prison d’Alcaçuz, près de Natal, le 21 janvier 2017 au Brésil
Un médecin légiste emporte des restes de corps découverts dans la prison d’Alcaçuz, près de Natal, le 21 janvier 2017 au Brésil
Des détenus sur le toit de la prison d’Alcaçuz, près de Natal lors d’affrontements entre deux gangs rivaux, le 19 janvier 2017 au Brésil

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