Pratima Sherpa, 18 ans, l’espoir féminin du golf népalais

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Katmandou (AFP) – Pratima Sherpa a grandi dans une petite cabane à Katmandou, derrière le troisième trou du parcours du Royal Nepal Golf Club. A 18 ans, elle est en passe de devenir la première golfeuse professionnelle du Népal.

Fille d’employés de ce golf de neuf trous situé au bout de la piste de l’aéroport international de Katmandou, elle a commencé à jouer au golf avec un bâton lorsqu’elle était enfant, en copiant les golfeurs qu’elle voyait évoluer autour d’elle sur le parcours.

Le Népal est plus connu pour ses pics déchiquetés que pour ses golfs verts et lisses, et dans ce pays, le golf reste un sport de privilégiés.

Mais ceux qui ont vu Pratima à l’oeuvre estiment qu’elle a l’étoffe des grands joueurs et peut rêver de victoires à l’international, en intégrant le prestigieux circuit féminin LPGA, basé aux Etats-Unis.

« Dans deux ou trois ans, si elle arrive à sortir du pays, elle peut atteindre l’Europe Tour, l’Amérique… », estime Tashi Ghale, secrétaire général de l’Association de golf du Népal. « Espérons qu’elle sera la première Népalaise à entrer en lice dans le circuit LPGA ».

Dans la cabane où elle a été élevée, Pratima Sherpa partageait son espace avec des tondeuses à gazon, de l’équipement d’entretien et quelques chèvres.

Enfant, « je jouais avec des enfants d’autres employés du golf. Nous observions des golfeurs, nous leur demandions des balles et nous les imitions en frappant ces balles avec des bâtons de bois », explique-t-elle à l’AFP.

L’entraîneur Sachin Prasad Bhattarai la repère à l’âge de 11 ans. Reconnaissant ce qu’il décrit comme un talent naturel, il lui propose de commencer à l’entraîner gratuitement et persuade un golfeur adhérent de lui faire cadeau d’un vieux jeu de clubs.

– La technique et le talent –

« Elle frappe avec son propre style. Dans le golf, peu de gens ont un tel talent », explique Bhattarai. « Les gens ont de la technique, et on peut garantir qu’une personne dotée d’un bon +swing+ frappera bien… mais tout le monde n’a pas le talent de Pratima ».

Ses parents ont hésité à la laisser jouer. Ils pensaient qu’elle ne serait pas à sa place sur un terrain de golf en tant que fille, et parce qu’elle était issue d’un milieu modeste.

« Il n’y avait que les enfants des riches qui venaient jouer au golf, je ne voulais pas l’y envoyer. Je pensais que ses études en souffriraient », confie son père Pasang Tsering Sherpa, qui a rencontré la mère de Pratima en travaillant au golf.

La jeune femme s’entraîne aujourd’hui tous les matins sur le parcours de golf à Katmandou. Elle pratique deux heures sous l’œil attentif de Bhattarai, avant de prendre le bus pour se rendre à l’école.

Sa routine a toutefois été brièvement interrompue quand le terrain de golf s’est transformé en un camp de réfugiés, à la suite du tremblement de terre qui a dévasté une partie du Népal en avril 2015.

– Problème de passeport –

La petite cabane qu’elle partage encore avec ses parents est bondée d’une trentaine de trophées marquant ses victoires dans des tournois au Népal.

Sa prochaine étape est prévue à l’international: elle s’est qualifiée deux fois pour les Faldo Series China, une série de tournois amateurs pour les jeunes joueurs qui a aidé à lancer les carrières de l’actuel numéro deux mondial Rory McIlroy et, chez les femmes, de la Taïwanaise Tseng Yani.

Si Pratima Sherpa a été incapable d’y participer jusqu’à présent, c’est parce qu’elle n’a pas de passeport. Au Népal, la citoyenneté est transmise de père en fils. Or le père de la joueuse, qui croit avoir environ 56 ans, n’a pas d’acte de naissance, un obstacle de taille.

Les sympathisants de Pratima Sherpa ont fait pression sur le gouvernement pour qu’on lui octroie un passeport et sont confiants qu’une solution finira par être trouvée.

Un membre américain du Royal Nepal Golf Club a même proposé de l’adopter pour l’aider à obtenir un passeport américain – une offre qu’elle a poliment déclinée.

« Je n’ai pas voulu quitter mes parents vieillissants. Je sens que les choses finiront par s’arranger », confie Pratima en jetant un coup d’œil à sa modeste maison, où sa mère s’occupe des chèvres. Et « je veux jouer pour mon propre pays ».

Au troisième trou, elle aligne la balle et, d’une frappe douce et précise, la met pile où il faut.

« Si je réussis (dans le golf), je veux revenir là où j’ai commencé à apprendre » à jouer, dit-elle. « Pour aider d’autres gens comme moi, qui ne peuvent pas se mettre à ce sport parce que c’est cher ».

La golfeuse népalaise Pratima Sherpa, sur les greens du Royal Nepal Golf Club, le 18 janvier 2017 à Katmandou

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