Brexit: les citoyens européens au Royaume-Uni font grise mine

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Londres (AFP) – « Trop peu, trop tard », offre « ridicule », voire « pathétique »: les Européens installés au Royaume-Uni faisaient grise mine vendredi après la présentation du projet de la Première ministre britannique Theresa May pour régler leur statut post-Brexit.

Mme May a promis jeudi soir à Bruxelles que personne ne serait expulsé du pays sitôt prononcé le divorce avec l’Union européenne et que Londres offrirait des possibilités pour les citoyens européens de régulariser leur statut pour pouvoir rester au Royaume-Uni.

Mais elle a en même temps prévenu qu’elle rejetait toute compétence de la Cour de justice de l’UE (CJUE) pour trancher les litiges sur les droits des citoyens de l’Union après le Brexit.

Un groupe de pression représentant les immigrés européens au Royaume-Uni, appelé The3million (soit environ le nombre d’Européens installés au Royaume-Uni), s’est indigné d’une proposition « pathétique » qui n’offre « aucune garantie à vie » de leurs droits.

« En quoi consiste la proposition du gouvernement britannique? Dépouiller les citoyens de l’UE de leurs droits européens pour les remplacer avec les droits d’un système migratoire britannique notoirement injuste et difficile », a estimé le Français Nicolas Hatton, son fondateur.

« Il n’y a rien de spécial dans son offre », a renchéri Joan Pons, employé espagnol dans le service de santé public britannique (NHS). « Cela nous ramène au statut de tout (immigré) pour obtenir un permis de résident. Ce n’est pas une offre généreuse. C’est plutôt ridicule ».

Dave Spokes, porte-parole de l’ECREU, une autre organisation qui défend les droits des expatriés, estime également que la proposition britannique laisse nombre de « questions sans réponse » et fait peser un « risque considérable » sur les ressortissants européens dans le pays.

Selon le projet de l’exécutif britannique, les citoyens européens présents au Royaume-Uni depuis cinq ans à une date restant à définir, mais comprise entre le lancement officiel de la procédure de divorce (mars 2017) et la sortie effective du pays (théoriquement mars 2019), se verront accorder un droit de résidence et jouiront des mêmes avantages qu’un Britannique, en termes de santé ou de travail.

Les autres auront eux un délai pour demander la régularisation de leur statut. Le détail du dispositif devrait être présenté lundi.

– ‘Trop peu, trop tard’ –

A l’unisson des ressortissants de l’UE, l’opposition travailliste a elle dénoncé un projet bancal et déconnecté des intérêts des principaux concernés.

« Trop peu, trop tard », a estimé le responsable Brexit du Labour, Keir Starmer, en dénonçant l’utilisation des « personnes » comme une « monnaie d’échange dans les négociations ».

« Nous pensons qu’il faut dire clairement qu’il n’y aura pas de changement dans le statut des ressortissants de l’UE », poursuit-il. « Ce n’est pas seulement la seule chose à faire, mais cela aidera aussi à obtenir un accord réciproque pour les 1,2 million de Britanniques vivant dans l’UE », argumente-t-il.

Sur un autre ton, le parti anti-immigration europhobe Ukip a estimé que Theresa May autorisait « unilatéralement » plus de 3 millions de citoyens de l’UE à jouir de plein droit de la citoyenneté britannique.

Un signe, selon l’Ukip, qui révèle « à quel point sa position de négociation est faible ».

Selon le quotidien Evening Standard, Theresa May, n’a jamais été en faveur d’une approche modérée sur la question des citoyens européens.

Le gratuit du soir affirme ainsi que lorsqu’elle était ministre de l’Intérieur dans le gouvernement de David Cameron, à qui elle a succédé en juillet 2016, elle était la seule à ne pas vouloir « rassurer » les citoyens européens.

Le Royaume-Uni avait voté il y a un an jour pour jour, le 23 juin 2016, en faveur du Brexit, après une campagne pendant laquelle le rejet de l’immigration en provenance de l’UE avait été un thème central.

Quelque 3,6 millions de ressortissants de l’UE vivaient dans le pays en 2016, dont un tiers à Londres.

Le Français Nicolas Hatton, fondateur du groupe The3million, le 11 octobre 2016 à Londres
L’Espagnol Joan Pons, employé dans le service de santé public britannique, lors d’un rassemblement contre le Brexit, le 25 mars 2017 à Londres

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