Edi Rama, le peintre qui veut conduire l’Albanie dans l’UE

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Tirana (AFP) – Le Premier ministre albanais, Edi Rama, est un artiste peintre tombé en politique, résolument pro-Occidental, qui entend faire de son pays un membre de l’Union européenne.

La nette victoire qui se dessine aux législatives de dimanche, lui donne une chance d’assouvir cette ambition.

« L’Albanie est notre patrie et l’Europe est notre avenir », avait-il paraphrasé l’ancien président français François Mitterrand, dans un entretien avec l’AFP le jour de son arrivée au pouvoir en juillet 2013. C' »est un pays avec un passé très difficile, le plus difficile de tous les pays communistes, mais qui change chaque jour pour rattraper les retards et devenir un pays digne de la grande famille européenne », disait-il il y a moins d’un an.

Cet ancien élève de l’Ecole des Beaux Arts de Paris dans les années 1990, dont les toiles tapissent le bureau, a entamé sa carrière politique juste avant la chute du régime communiste d’Enver Hoxha à la fin des années 1980. Avec une ambition : celle de moderniser son pays de 2,9 millions d’habitants pour l’arrimer au continent européen. L’Albanie est candidate à l’adhésion à l’UE depuis 2014.

Né en 1964 dans une des dictatures les plus fermées du monde, fils d’un sculpteur et d’une femme médecin, Edi Rama n’a de cesse de répéter que « l’Union européenne est surtout un projet de paix et de prospérité construit ensemble ».

– L »ennemi’ Berisha –

Fort de cette vision d’une Europe facteur de pacification des Balkans, cet homme considéré comme autoritaire fut en 2014 le premier chef du gouvernement albanais à visiter Belgrade en près de sept décennies, son homologue Aleksandar Vucic lui rendant la politesse l’année suivante.

Cheveux et barbe poivre et sel, très grand, amateur de basket-ball, Edi Rama dit vouloir faire de l’Albanie un « pays moderne régi par la loi ». Il impose au forceps à l’été 2016 une réforme de la justice, notoirement corrompue. Une réforme qu’il entend mener à bien au cours du nouveau mandat qui se profile.

Le parti démocratique (droite), derrière sa figure tutélaire Sali Berisha, l’attaque avec virulence, affirme qu’il entretient des liens avec le crime organisé, que son entourage est corrompu. Lui se dit prêt à se retirer de la vie politique « si M. Berisha ou qui que ce soit d’autre arrive à établir des liens avec le milieu ou la corruption ».

Pour Sali Berisha, Edi Rama, est plus qu’un adversaire : « Il est devenu un ennemi le 21 janvier 2011 quand ses partisans ont voulu entrer au siège de (son) gouvernement », a dit la figure historique de la droite.

– L’art instrument de communication politique –

Convaincu d’avoir été privé du pouvoir par des fraudes aux législatives en 2009, Edi Rama, un orateur hors pair, avait fini par faire descendre dans la rue ses soutiens pour des manifestations violemment réprimées. Quatre personnes sont alors tuées par la garde nationale qui tire sur les manifestants. Quelques mois plus tard, le socialiste l’emporte.

La rivalité entre les deux hommes remonte aux années 1990, quand Edi Rama avait quitté un mouvement étudiant accusant Sali Berisha de se montrer complaisant par opportunisme à l’égard des communistes. Leur duel est le fruit d' »une confrontation entre deux volontés, deux orgueils, deux chefs qui jouent leur survie au sein d’une scène politique conflictuelle, marquée par une cinquantaine d’années de communisme et une transition difficile », selon l’analyste politique Aleksandër Cipa.

Edi Rama a bâti sa renommée internationale lorsque, à la tête de mairie de Tirana (2006-2011), il a fait recouvrir de couleurs vives des bâtiments pour leur donner un air plus pimpant. L’initiative lui a alors valu les louanges de la presse occidentale et des prix même si cette rénovation n’a concerné que quelques rues de l’hyper-centre d’une capitale malade d’une urbanisation galopante et chaotique.

Edi Rama a fait de l’art un instrument de communication politique. il n’hésite pas à présenter lui-même ses toiles à l’occasion d’expositions internationales. « J’avais d’autres projets » que la politique, dit-il, « mais la responsabilité de diriger le gouvernement de son pays, c’est le plus grand honneur possible. Je suis un artiste qui fait le Premier ministre de l’Albanie », dit-il volontiers.

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