Migrants: Khalid, 13 ans et le ferry pour l’Italie comme obsession

Annonces
Annonces
Patras (Grèce) (AFP) – « Un jour ça va marcher, je le sais… » Depuis trois semaines, Khalid, un Afghan de 13 ans, guette l’instant où il pourra sauter les barrières de l’embarcadère, se cacher dans un camion et prendre enfin le ferry pour l’Italie.

Car le port grec de Patras, sur la mer Ionienne, au nord-ouest de la presqu’île du Péloponnèse, est redevenu un point de sortie de la Grèce pour de nombreux migrants souhaitant gagner le reste de l’Europe.

La fermeture des frontières de la « route des Balkans » en mars 2016, après le passage d’un million de réfugiés en un an vers le nord de l’Europe, a coincé en Grèce 62.000 migrants et réfugiés dont beaucoup ne songent qu’à la quitter.

Ceux qui y sont éligibles profiteront peut-être d’une relocalisation dans un autre pays d’Europe, comme déjà 14.000 personnes, surtout des Syriens.

Les plus riches pourront tenter un passage direct en avion vers le pays de leur choix, avec un passeur.

Une bonne partie des autres a retrouvé le chemin de Patras, « un passage qui n’a jamais été complètement fermé », témoigne une source policière de la ville, en espérant s’y faufiler sur un ferry pour Bari, Ancône ou Brindisi.

Ils sont à peu près 200 jeunes hommes, en grande majorité Afghans et Pakistanais, à attendre dans deux usines désaffectées au bord de la deux fois deux voies qui longe l’embarcadère.

– Pastèque –

Ils y campent sous des tentes, ou à même le sol dans des sacs de couchage, environnés d’ordures.

« Tout le monde est malade, c’est dur d’habiter ici », remarque Khalid.

De l’aube à la nuit, les horaires de ferries bien en tête, ils se lancent à l’assaut de la barrière de l’embarcadère, haute de trois mètres, quand la file d’attente des camions grossit.

Souvent ils procèdent en groupe, pour créer la diversion qui permettra peut-être à un ou d’eux de se cacher dans un camion.

« C’est une question de chance, si tu n’en as pas, tu peux rester là des mois », remarque Khalil. Un jeune est là depuis janvier.

Parfois, ils attrapent une pastèque dans une remorque, histoire de ne pas rentrer bredouilles et les chauffeurs leur lancent des cailloux.

Selon le site grec d’informations The Best News, 900 personnes ont été arrêtées sur le port de Patras depuis janvier.

« Notre vigilance ne se relâche pas », assure la source policière.

« Pour les petits, comme moi, ça va, la police demande nos papiers et après ils nous disent de partir », sourit Khalid.

– Un enfant de 8 ans laissé par son père –

Frontex, l’agence de surveillance des frontières européennes, vient également de redéployer un navire en mer Ionienne.

En avril, un bateau en détresse, avec cinquante migrants à bord, à dû être escorté sur l’île de Céphalonie, à la sortie du golfe de Patras.

Khalid, qui parle bien anglais, est arrivé il y a un an de Kaboul, via la Turquie, avec ses parents et ses jeunes frère et sœur.

Théoriquement, ils auraient dû rester sur l’île de Chios, près des côtes turques, où ils ont débarqué, puis être renvoyés à terme en Turquie, en vertu de l’accord UE-Ankara de mars 2016.

Mais les camps de Chios étant débordés, le gouvernement grec a fini par envoyer la famille sur le continent, dans le camp de Malakasa, en banlieue d’Athènes.

Khalid a pu ainsi gagner Patras facilement, pour tenter de partir en éclaireur vers la Suisse ou l’Allemagne. « N’importe où plutôt qu’ici », lance le jeune homme, qui veut devenir ingénieur.

Le sort des mineurs non accompagnés, comme lui, préoccupe les ONG. « Notre centre à Patras en héberge 30, qui pourront rester là jusqu’à leur majorité », témoigne Georgia Tzanakou, coordinatrice de l’ONG Praxis dans la ville.

Praxis héberge même un enfant de 8 ans, « laissé là quand son père a réussi à monter sur un bateau ». « Il vivait à Ladopoulos, dans des conditions précaires ».

Elle souligne cependant que « la société de Patras est tolérante et vient en aide » aux migrants. « Chaque week-end, des volontaires cuisinent », selon elle, pour ceux qui sont encore là.

Des migrants afghans sur une barrière du terminal de ferry du port de Patras, le 20 juin 2017 en Grèce
Des migrants afghans dorment dans une usine désaffectée près du port de Patras, le 20 juin 2017 en Grèce
Des migrants afghans attendant, dans une usine désaffectée, de pouvoir sauter dans un ferry pour l’Italie, le 20 juin 2017 au port de Patras, en Grèce

Les plus populaires

Annonces