Venezuela: Maduro crie à la tentative de coup d’Etat

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Caracas (AFP) – Les autorités vénézuéliennes ont annoncé mercredi que la Procureure générale du pays, Luisa Ortega, en rupture de ban avec le chavisme, comparaitrait la semaine prochaine en justice, tandis que le régime assure avoir été victime la veille d’une tentative de coup d’Etat.

Mme Ortega, une chaviste entrée en dissidence qui a multiplié les interventions dernièrement contre le gouvernement du président Nicolas Maduro, a été citée à comparaître par la Cour suprême.

Le Tribunal suprême de la justice (TSJ, Cour suprême) « a fixé l’audience orale et publique au 4 juillet » qui devra statuer si la procureure générale peut être traduite en justice. Il a assorti sa décision d’une interdiction de sortie du territoire ainsi que du gel de ses comptes et avoirs, selon un communiqué du tribunal.

Le TSJ, accusé de servir le gouvernement Maduro, a également ordonné la comparution du député Pedro Carreno –un partisan du président Maduro– qui a présenté l’action en justice contre la procureure, et du défenseur du peuple, Tarek William Sabb, également partisan du président.

M. Carreno, qui a demandé au TSJ d’évaluer « la santé mentale » de Luisa Ortega, affirme que la procureure a « menti » en disant qu’elle n’avait pas approuvé la nomination de 33 magistrats, désignés selon elle irrégulièrement par le précédent Parlement à majorité chaviste, en décembre 2015.

– ‘Terrorisme d’Etat’ –

Mercredi, Luisa Ortega a accusé Nicolas Maduro, successeur de Hugo Chavez (1999-2013), d’avoir imposé un « terrorisme d’Etat », en raison des violences exercées par les forces de l’ordre contre la vague de manifestations secouant le pays depuis bientôt trois mois.

« Ici on dirait que tout le pays est terroriste », a-t-elle dit lors d’une déclaration devant la presse, au lendemain de l’attaque présumée d’un hélicoptère de police contre la Cour suprême, qualifiée de « terroriste » par le président Maduro, qui a mis l’armée en alerte.

« Moi, ce que je pense, c’est que nous avons un terrorisme d’Etat, où l’on a perdu le droit à manifester, où les manifestations sont cruellement réprimées, où l’on juge des civils devant la justice militaire », a-t-elle lancé.

Le président Maduro, qui dénonce régulièrement l’existence d’un complot pour le renverser, a affirmé qu’un hélicoptère avait lancé mardi quatre grenades contre le bâtiment de la Cour suprême et tiré quinze coups de feu contre le ministère de l’Intérieur.

Les vidéos et photos diffusées sur les réseaux sociaux montrent un hélicoptère de la police scientifique en train de survoler Caracas. On entend au loin des détonations, sans voir clairement s’il lance effectivement des grenades sur la Cour suprême.

Dénonçant le « silence » de la communauté internationale sur cette attaque présumée, le chef de la diplomatie, Samuel Moncada, a ordonné aux ambassadeurs du Venezuela d’informer « tous les ministères des Affaires étrangères du monde » de cette « attaque terroriste ».

« Ils protègent les auteurs de ce fait avec leur complicité et leur ignorance feinte », a-t-il déclaré dans une conférence de presse, questionnant le rôle des Etats-Unis, du Mexique et de l’Union européenne, tout en remerciant la Bolivie, Cuba, l’Equateur et la Turquie pour avoir exprimé leur solidarité.

– L’auteur toujours recherché –

L’auteur de cette attaque inédite, qui n’a pas fait de victimes, a un profil atypique: Oscar Pérez, inspecteur aéronautique de la police scientifique âgé de 36 ans, mais aussi acteur d’un film d’action de 2015, « Mort suspendue ».

Dans une vidéo publiée sur internet, Oscar Pérez, visage découvert et accompagné de quatre hommes masqués et pour certains armés, appelle le chef de l’Etat à « démissionne(r) immédiatement » pour permettre la tenue d’élections générales. Il était toujours activement recherché

Confronté à des manifestations quasi-quotidiennes, dans un contexte de violente crise économique, Nicolas Maduro avait averti mardi que si le Venezuela « plongeait dans le chaos et la violence, nous irions au combat ».

« Ce qui n’aura pas pu se faire par les votes, nous le ferons avec les armes », avait-il déclaré.

Mercredi, la coalition d’opposition de la Table pour l’Unité démocratique (MUD), majoritaire au Parlement, se voulait prudente.

« Des gens disent que c’est un piège, d’autres disent que (cette attaque) est vraie », a déclaré à la presse Julio Borges, président du Parlement.

« Quoi que ce soit, c’est très grave. Tout cela indique la même chose: la situation est insoutenable au Venezuela », a-t-il ajouté.

L’analyste Diego Moya-Ocampos, du cabinet britannique IHS, est lui aussi sceptique.

« Il est possible que l’histoire de l’hélicoptère ait été organisée par le gouvernement, pour faire diversion (…) ou provoquer une réaction afin de continuer à purger les forces de l’ordre », a-t-il expliqué à l’AFP, alors que le président Maduro a déjà congédié, la semaine dernière, quatre hauts responsables de l’armée.

Mercredi, de nouveaux blocages de routes ont été opérés dans le pays et deux nouveaux décès ont été annoncés, portant le bilan à 79 morts depuis le 1er avril.

Photo de la présidence communiquée le 1er avril 2017 du président vénézuelien Nicolas Maduro (D) avec la Procureure générale du pays, Luisa Ortega au palais présidentiel de Miraflores à Caracs
Venezuela: attaque à l’hélicoptère
Des manifestants anti-Maduro bloquent une rue de Caracas, le 28 juin 2017

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